Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Éric Brogniet
Membre belge littéraire
Élu le 17 avril 2010
Prédécesseur : Fernand Verhesen
Fauteuil 21

BIOGRAPHIE

Éric Brogniet est né le 16 août 1956 à Ciney. Après avoir longtemps
séjourné dans le Namurois, il s’est désormais installé dans la région de Charleroi d’où provenait son père. Non loin aussi du Bois du Cazier, lieu de mémoire qu’il a abordé dans Tutti Cadaveri (L’Arbre à paroles, 2017), un livre dans lequel le redoutable analyste qu’il est, traite, sans concessions, de la dure réalité de cette catastrophe et de ses laissés-pour-compte.

Documentaliste à Liège, puis au Gouvernement provincial de Namur, il travaille ensuite comme conseiller littéraire à la Maison de la Poésie de Namur où il fonde Sources, revue contemporaine majeure (comprenant, entre autres, une collection d’anthologies des poésies européennes). Il sera aussi conseiller d’un ministre des Arts, des Lettres et de l’Audiovisuel et enfin, de 2004 à 2014, directeur de la Maison de la Poésie de Namur.

Il est, depuis 1982, l’auteur d’une bonne vingtaine de livres de poésie, d’essais et de très nombreux textes critiques.

Femme obscure (Le Pont de l’Epée, 1982) et Terres signalées (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1984) l’installent d’emblée parmi les jeunes poètes de talent. Il reçoit d’ailleurs les prix Hubert Krains et Robert Goffin. Deux années plus tard, Le Feu gouverne (L’Âge d’Homme, 1986) est récompensé par le prix Max-Pol Fouchet, ce qui fait de lui, dès ses trente ans, l’un des meilleurs poètes d’une génération que Liliane Wouters a appelée «la génération expo 58». Jean Orizet, dans sa préface au Feu gouverne, disait, à propos de son écriture qu’elle «consiste bien à transgresser sans cesse le réel pour en faire, non pas un surréel, encore moins un irréel, mais un réel supérieur, cette synthèse entre mythe et réalité, impossible pour la pensée scientifique, mais que l’imaginaire poétique parvient à concevoir». C’est un recueil où, dans un monde éclaté, la place de l’humain est abordée sans détour. Cette attitude critique — face au monde et à ses égarements —
sera désormais sienne de livre en livre, ce qui fera dire au chroniqueur Christophe Van Rossom que «devant le progressif désenchantement qui frappe le monde depuis environ un siècle et demi, Brogniet refuse catégoriquement toute forme d’angélisme».

En 1987, Usage du rêve (Cahiers Froissart, 1987) se voit décerner le prix Pierre Basuyau et le prix Malpertuis de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1990. Des tableaux de Magritte, De Chirico, Ernst et bien d’autres y sont revisités par le rêve ou le désir. Brogniet, il faut le souligner, a souvent jeté des ponts entre poésie et peinture. On lui doit, dans ce registre, des ouvrages tels que Les Jardins de Monet (L’Arbre à paroles, 1989), Visage de Jeanne Modigliani (Nemapress Éditions, 1990), Nicolas de Staël, le vertige et la lumière (Galiena, 1991), etc. C’est encore sous les auspices de la peinture qu’il fait paraître L’Atelier transfiguré (Le Cherche-Midi, 1993), constitué de quatre parties où apparaissent la figure et le travail des créateurs, Modigliani ou Chagall. Un titre récompensé par le prix Louise Labé en 1994.

L’Ombre troue la bouche (L’Arbre à Paroles, 1996) aborde une autre thématique, elle aussi récurrente dans cette oeuvre résolument engagée, à savoir la Shoah et l’univers concentrationnaire, lieu de l’enfer personnel ou collectif. La Nuit foudroyée (Le Geai Bleu, 1997) tient aussi de ce registre-là, où génocide et condition humaine s’entremêlent. Autoportrait au suaire (L’Âge d’Homme, 2001), livre essentiel s’il en est, s’intéresse à l’errance et témoigne de l’engagement du poète, tout comme dans Nos Lèvres sont politiques (Tétras Lyre, 2000).

On ne peut oublier ces œuvres remarquables que sont Dans la chambre d’écriture (L’Âge d’Homme, 1997), prix Maurice Carême en 1997, et Ce fragile aujourd’hui (Le Taillis Pré, 2007) où l’homme apparaît confronté à la beauté et à l’expérience du gouffre. Ulysse, errant dans l’ébloui (Le Taillis Pré, 2009) évoque, pour sa part, la figure du «survivant d’un naufrage intérieur» et notre fragilité.

Ces dernières années, Éric Brogniet a fait paraître deux livres essentiels : Radical Machines (Le Taillis Pré, 2017) et Bloody Mary (Le Taillis Pré, 2019). Le premier est une sorte de livre «post-apocalyptique» où le poète nous plonge au coeur d’un monde où la machine règne en maître. Quant au second, il s’agit d’un voyage à travers l’Amérique des années soixante et de l’évocation d’une icône, Marilyn Monroe, et de son destin tel «une tragédie grecque».

Une approche, non négligeable dans cette œuvre abondante, est celle de l’écriture érotique que Brogniet pratique volontiers, allant jusqu’à dire que «c’est la chair qui fait le verbe» et non l’inverse. Citons, à ce propos, La Tentation de Saint Antoine (Sources, 1996), éloge du désir et de la chair, Rhétorique de Sade (L’Arbre à paroles, 2000), Mémoire aux mains nues (Le Cormier, 2001), Géométrie de la fièvre (Hayez, 2008), À la table de Sade (Le Taillis Pré, 2012) ou ses contributions à Masques, corps, langues (Classiques Garnier, 2017).

S’il est par essence poète, Éric Brogniet est aussi essayiste. On lui doit ainsi des publications sur La Poésie arabe moderne : vers un nouvel humanisme? (La Renaissance du livre, 2001), Christian Hubin : le lieu et la formule (Luce Wilquin, 2003), Jean-louis Lippert : approche du narrateur en aède athlète, anachorète (Luce Wilquin, 2003) ou Jacques Crickillon : la littérature en instance d’oubli (Samsa/ARLLFB, 2017).

S’appuyant sur un «lyrisme critique» dont parle Jean-Michel Maulpoix dans son essai La Voix d’Orphée, toute l’œuvre d’Éric Brogniet témoigne d’un engagement profond où le poème reste «une tension permanente entre la plénitude et le gouffre» et se pose en questionnement incessant sur notre condition humaine.

– Yves Namur



BIBLIOGRAPHIE

Poésie
Femme obscure, Paris, La Coïncidence; Le Pont de l'Épée, 1982.

Terres signalées, Paris, Saint-Germain-des-Prés, 1984. Coll. Poésie sans frontière.

Le feu gouverne, Lausanne, L'Âge d'Homme, 1986.

Usage du rêve, Valenciennes, Centre Froissart, 1987. Coll. Cahiers Froissart, 110.

Les jardins de Monet, Amay, L'Arbre à Paroles, 1989. Coll. Buisson ardent.

Asturies couleur du temps, Mortemart, Rougerie, 1989. Coll. Poésie Présente.

Visage de Jeanne Modigliani, Alghero (Sardaigne), Nemapress Éditrice, 1990.

Cryptographie solitaire des astres, Châtelineau, Le Taillis Pré, 1990. Coll. La Main à Plume. Dessins d'André Miguel.

Nicolas de Staël, le vertige et la lumière, Strépy-Bracquegnies, Galiena, 1991.

L'Atelier transfiguré, Paris, Le Cherche-Midi, 1993. Coll. Domaine privé.

Transparences, Bruxelles, Les Éperonniers, 1992. Coll. Feux.

Surgissements, Soumagne, Tétras-Lyre, 1992. Coll. Accordéon. Illustration de couverture de Gabriel Belgeonne.

Éblouie, traversée
, Amay, L’Arbre à paroles, 1995. Coll. Buisson ardent.

L'ombre troue la bouche, Amay, L'Arbre à Paroles, 1996.

Des oracles des muets, Amay, L'Arbre à paroles, 1996.

La tentation de Saint Antoine, Namur, Sources, 1996. Collection Tiré à Part.

La nuit foudroyée, Vaison-la-Romaine, Éditions Le Geai Bleu, 1997. Coll. Bibliofil.

Dans la chambre d'écriture, Lausanne, L'Âge d'Homme, 1997. Coll. Contemporains.

L'agonie au calvaire, Namur, Éditions de l'Acanthe, 1998.

Célébration de la lumière, Amay, L'Arbre à Paroles, 1999. Coll. Le Buisson ardent.

Rhétorique de Sade, Amay, L’Arbre à paroles, 2000. Coll. Textimages.

Nos lèvres sont politiques, Ayeneux/Soumagne, Tétras Lyre, 2000. Illustré par Thierry Wesel.

Autoportrait au suaire, Lausanne, L'Âge d'Homme, 2001.

Mémoire aux mains nues, Bruxelles, Le Cormier, 2001.

Poésies I et Poésies II, Amay, L'Arbre à paroles, 2002. Deux tomes.

Une errante intensité, Bruxelles, Le Cormier, 2003. Photographies de Bernard Gilbert.

La nuit incertaine, Paris, TranSignum, 2004.

Parole et empreinte, Paris, TranSignum, 2004. Coll. 5/5.

Celle qui s’est levée avec le soleil, Amay, L’Arbre à paroles, 2004. Vignette de couverture de  Roland Castro.

La passagère, Rennes, Éditions Dana, 2004. Livre peint par Thierry Le Saëc.

Un automne à Ljubljana, Colommiers (France), Éditions Encres vives, 2004. Coll. Lieu.

Je te salue rivage insulaire, Montréal/Bruxelles, Délégation Générale du Québec, 2005. Poème inédit.

La lecture infinie, Trois-Rivières (Québec) ; Amay (Belgique), Écrits des Forges ; L'Arbre à paroles, 2005.

Ulysse, errant dans l'ébloui, 2005, Trans-ports poétiques, n° 5, « Du côté de Carthage » : dossier coordonné par Jalel El Gharbi.

Sous un ciel infini d'inquiétude, extraits inédits, Bruxelles, Éditions Liaisons, 2005, Revue Liaison, n° 24.

Cibles, Poèmes et DVD, livre d'artiste avec Alain Fleurent, Trois-Rivières (Québec), Atelier Presse Papier, 2006.

Ce fragile aujourd'hui, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2007.

Le centre n'est rien. Sofia (Bulgarie), Éditions Pet Plus, 2008. Anthologie poétique en bulgare.

Géométries de la fièvre, Bruxelles, Hayez, 2008.

Ulysse, errant dans l'ébloui, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2009.

Tutti Cadaveri, texte publié dans Suivez mon regard, Namur, Institut du Patrimoine Wallon, 2011. 

Géométries de la fièvre : lecture, spectacle. Chez l'auteur, [2011]. Textes d'Éric Brogniet, mise en scène de Jacques Neefs, photographies de Marianne Grimont.

No Human Project : une performance rock & poésie. Avec le groupe Arthur Rain. Chez l'auteur, [2011]. Les textes d'Éric Brogniet et de Christophe Pairoux sont accompagnés des photographies de Marianne Grimont.

Deux poèmes dans l'ouvrage : Goulet, Michel, Alchimie des Ailleurs : Les chaises-poèmes de Charleville-Mézières, Milan, Silvana Éditoriale, 2012. p. 40-41.

À la table de Sade, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2012. Coll. erOtik.

Graphies, nue noire. Éditions Tétras Lyre, 2013.

Sahariennes, Paris, Al Manar, 2015.

Marionnettes de l’apocalypse, dans : Nous aimons la vie plus que vous n’aimez la mort, anthologie, Paris, Al Manar, 2016.

Bruxelles 1976, Little Book Artist, Plougonven (France), André Jolivet éditeur, 2016. Livre d'artiste collectif avec le peintre André Jolivet.

Radical Machines, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2017.

Tutti cadaveri, Amay, L'Arbre à Paroles, 2017. Texte français original revu et augmenté avec traduction en italien.

Bloody Mary : road movie pour Marilyn Monroe, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2019. Préface de Marie-Ange Bernard. Illustrations de Thierry Wesel. [Lire l'article de Véronique Bergen consacré à ce recueil dans Le Carnet et les Instants]

Rose noire, livre d'artiste avec André Joilivet, Plougonven, Voltije Editions Limited, 2019.

Essais, critique, témoignages et discours

Les ailleurs d’Henri Michaux : actes du colloque international, Namur, octobre 1995, Namur, Sources, 1996. (Dir. scient.)

La poésie arabe moderne : vers un nouvel humanisme ? Tournai, La Renaissance du Livre, 2001.

Une Europe de la création,  Avin, Éditions Luce Wilquin, 2002.

Christian Hubin : le lieu et la formule, Avin, Éditions Luce Wilquin, 2003. Coll. L’œuvre en lumière.

Jean-Louis Lippert : approche du narrateur en aède, athlète, anachorète, Avin, Éditions Luce Wilquin, 2003. Coll. L’œuvre en lumière.

1' de bonheur, Participation au catalogue et livre d'artistes de l'installation de Myona Rimoldi-Guichaoua, Reims/Charleville-Mézières, Médiathèque Voyelles, 2011.

J'établis ma résidence dans la métamorphose, dans : Mon royaume pour un livre. Avant-propos de Guy Rouquet, préface de Joël Schmidt. Paris, Le Castor Astral/L'Atelier Imaginaire, 2013. Coll. Le livre d'où je viens.

La poésie n'est pas une vocation, dans : Lignes de coeur : 17 écrivains disent leur rapport à la poésie. Avant-propos de Guy Rouquet ; préface de Marie-Claire Bancquart, Paris, Le Castor Astral/L'Atelier Imaginaire, 2016. Coll. Le livre d'où je viens.

Jacques Crickillon ou la littérature en instance d’oubli. Suivi de La poésie est une guerre indienne par Jacques Crickillon, Bruxelles, ARLLFB/Éditions Samsa, 2017.

Pour compléter la présente bibliographie choisie, consulter :
Articles, monographies, préfaces et postfaces consacrés à Eric Brogniet

Bibliographie critique

Posséder sa perte, aveugler son aveuglement, un portrait d’Éric Brogniet par Christophe Van Rossom.

La poésie d’Éric Brogniet par Rodica Draghincescu.

La revue Autre Sud (Marseille) a consacré dans son numéro de décembre 2007 un important dossier à Éric Brogniet : texte liminaire de Jacques Lovichi, entretien avec Christophe Van Rossom, extraits inédits de Ulysse, errant dans l'ébloui, études critiques de Henri Meschonnic, Rodica Draghincescu, Dominique Sorrente, Myriam Watthee-Delmotte et Pierre Dhainaut.

La revue Traversées (Virton), septembre 2015, no 77 consacre un dossier critique à Éric Brogniet (Articles de Patrice Breno, Véronique Daine, Paul Mathieu) et publie des poèmes inédits récents : Rose noire.



E-BIBLIOTHÈQUE

L'influence des poètes arabes préislamiques sur la naissance de l'amour courtois chez les troubadours de langue d'oc (PDF 122Ko)
Communication à la séance mensuelle du 9 avril 2011

J'établis ma résidence dans la métamorphose… (PDF 55Ko)
Communication à la séance mensuelle du 11 janvier 2014

Henri Michaux, un poète né troué (PDF 110Ko)
Communication à la séance mensuelle du 8 novembre 2014

Jean Tousseul : littérature et identité en Wallonie (PDF 146Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 janvier 2017

Christian Hubin : le poème, accélérateur de particules (PDF 110Ko)
Communication à la séance mensuelle du 7 septembre 2017

L’intellectuel et les orthodoxies : l’exemple de la revue Fontaine (1939-1945) [PDF] [YouTube]
Communication à la séance mensuelle du 9 mars 2019

Herman Hesse : du paradis perdu à l’accomplissement de l’homme [PDF] [YouTube]
Communication à la séance mensuelle du 10 octobre 2020



DISCOURS DE RÉCEPTION

Discours de Philippe Jones (PDF 69Ko)
Discours d'Éric Brogniet
(PDF 142Ko)