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Composition


Jean-Luc Outers
Jean-Luc Outers. Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB. Membre belge littéraire
Élu le 25 mai 2013
Prédécesseur : Guy Vaes
Fauteuil 23

BIOGRAPHIE

L’Ordre du jour, premier roman de Jean-Luc Outers, qui paraît en 1987 aux éditions Gallimard, est un livre lucide, drôle, vertigineux sur la condition de cadre moyen dans un service public dont la raison d’être, pour être évidente aux yeux du législateur, n’en apparaît pas moins insensée au commun des mortels. Dans une postface à l’édition en format de poche du livre, Raoul Vaneigem montrera la dimension devenue universelle des fonctionnements dénoncés. L’administration, Jean-Luc Outers l’a connue de l’intérieur. Il a notamment dirigé durant vingt et un ans le Service des lettres de la Communauté française et, à ce titre, a contribué à diverses initiatives comme le Collège européen des traducteurs de Seneffe, la Librairie Wallonie-Bruxelles à Paris, Passa Porta, maison internationale des littératures, divers festivals littéraires…

Trois titres au moins de romans ultérieurs, Corps de métier, Le Bureau de l’heure, La Compagnie des eaux sont, chaque fois, tirés du vocabulaire de l’administratif et de l’institutionnel. C’est que leurs protagonistes y sont immergés, pour y vivre des expériences insolites, où arrivent à s’affirmer à chaque fois, malgré les mots d’ordre et les organigrammes, leurs personnalités originales, souvent subversives. Cette thématique s’est accompagnée d’emblée de son mode d’expression. Il y va, dit Jacques Dubois, «d’une forme d’écriture inséparable d’une manière d’être au monde». Dès L’Ordre du jour, porté à l’écran par Michel Khleifi, et Corps de métier (La Différence, 1992), qui lui vaut le prix Rossel, on voit la gravité du propos et la pertinence de l’analyse aller de pair avec un humour qui est propre à l’écrivain qui sait arracher, en plein milieu d’une méditation philosophique, un rire inédit où la férocité le dispute à la tendresse.

Cette maîtrise, cet art poétique vont lui permettre de publier en 1995 un livre majeur, La Place du mort (La Différence, 1995). Il s’agit d’un voyage en voiture que le narrateur entreprend avec son père qu’un accident cérébral vient de réduire à l’infirmité et au silence. Simon Leys écrira son émotion face à ce récit dont il a vu la dimension métaphysique : «L’aphasie des hommes qui ont splendidement vécu par le verbe, comme le père du narrateur, est un “mystère” au sens religieux du mot (…). » Ce livre constitue une sorte de descente au tombeau au ralenti.

Les deux livres suivants, La Compagnie des eaux (Actes Sud, 2001) et Le Bureau de l’heure (Actes Sud, 2004) sont inséparables : ce sont deux fables philosophiques, mais dépourvues de toute gravité, malgré l’ampleur des questions soulevées.

Dans La Compagnie des eaux, Maxime est préposé au calcul de la dette publique, tandis que son frère Valère, au Musée des sciences naturelles, est fasciné par les œufs d’iguanodons conservés par son institution. D’un côté le vide, de l’autre le plein. Maxime se console de son malencontreux sort par l’enfant qu’attend son épouse Eva. Mais cette grossesse ne peut que fasciner Valère. Aussi, en attendant la perte des eaux, se plaît-il à accompagner sa belle-œur à la piscine, ce qui permet d’imaginer, pour l’enfant en gestation, un type de sport nautique inédit, celui de la natation au carré…

Un enfant est aussi en train de germer dans Le Bureau de l’heure qui est une recherche du temps perdu à sa manière. En bien des détours de ce roman élégiaque, se glissent quelques réflexions sur le temps, sur son horizontalité et sa verticalité par exemple, qui en font un essai des plus pénétrants, camouflé sous l’apparence d’un récit.

Le Voyage de Luca (Actes Sud, 2008) est ce que l’on pourrait appeler un Road novel à la Kerouac qui nous conte le périple d’un jeune couple flanqué d’un bébé qui entreprend de sillonner l’Amérique du Nord, sorte de terre promise à l’alternance, à l’utopie concrète, au pouvoir des fleurs. Il ne s’agit pas d’un reportage, ou d’un album de famille mais plutôt d’une forme d’éducation sentimentale à ciel ouvert. Cette odyssée est émaillée de rebondissements divers, parfois tragi-comiques.

À la suite d’une initiative du journal Le Soir de jeter des ponts entre écrivains du nord et du sud du pays, naît une correspondance avec l’écrivaine flamande Kristien Hemmerechts. Elle donnera lieu à un livre, Lettres du plat pays (La Différence, 2010), cinquante-deux lettres qui constituent un bel échantillon d’amitié homme-femme, de complicité rendue possible par une commune passion pour la littérature, mais aussi un exemple de citoyenneté responsable. Il s’agit d’un dialogue entre gens de bonne volonté, ni naïfs ni donneurs de leçons, plongés dans un pays complexe dont les égarements agacent, mais dont les défis stimulent.

Autre roman initiatique, De jour comme de nuit (Actes Sud, 2013) est, comme Le Voyage de Luca, un Bildungsroman. Comme chez Goethe, après le vagabondage vient l’apprentissage. Quelques camarades fondent une école de réinsertion pour adolescents inadaptés au système, initiative spontanée nourrie de cette pensée dite alternative, typique d’une époque idéaliste. Portrait d’une génération et d’un esprit du temps, le roman s’ouvre sur l’évocation d’un suicide, dont la menace plane sur l’ensemble du récit.
La mort est précisément le thème du livre Le Dernier Jour (Gallimard, 2017) préfacé par J. M. G. Le Clézio : «Dans la tradition des Tombeaux, en quelque sorte, le dernier hommage que l’on peut rendre à ceux dont l’heure ultime nous sépare de la mort.» Ce livre évoque, sur un mode fictionnel, les dernières heures d’artistes et écrivains qui ont marqué l’auteur : Hugo Claus, Chantal Akerman, Simon Leys, Henri Michaux, Dominique Rolin… Ces deux derniers auteurs furent les compagnons de route de Jean-Luc Outers qui publiera les lettres de refus de Henri Michaux, Donc c’est non (Gallimard, 2017), et les Lettres de Dominique Rolin à Philippe Sollers (Gallimard, 2018).

– Jacques De Decker



BIBLIOGRAPHIE

L’Ordre du jour, Gallimard, 1987 ; Espace Nord n° 138.
Corps de Métier, La Différence, 1992.
La Place du Mort, La Différence, 1995 ; Minos n° 35.
La Compagnie des eaux, Actes Sud, 2001 ; Babel n° 728.
Le Bureau de l’heure, Actes Sud, 2004 ; Babel n° 859.
Le Voyage de Luca, Actes Sud, 2008 ; Babel n° 1162.
Lettres du plat pays (avec Kristien Hemmerechts), La Différence, 2010.
De Jour comme de nuit, Actes Sud, 2013.
Le dernier jour, Gallimard, L’Infini, 2017.

Livres d’artistes
De Courte mémoire (avec les dessins d’Hugo Claus), La Pierre d’Alun, 2011.
Maîtres nageurs (avec les gravures de Simon Outers), La Pierre d’Alun, 2018.

Édition
Donc c’est non (correspondance de Henri Michaux), Gallimard, 2016.
Henri Michaux, Face à Face (avec Jacques Carion), La Lettre volée, 2016.
La Chine, la mer, la littérature, Simon Leys, essais choisis (avec Pierre Piret), Espace Nord, 2018.
Lettres à Philippe Sollers 1958-1980, Dominique Rolin, Gallimard, 2018.



E-BIBLIOTHÈQUE

L'homme sans visage (PDF 60Ko)
Communication à la séance mensuelle du 13 décembre 2014

Dominique Rolin, la mémoire oubliée (PDF 68Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 mai 2016

Hôtel Baron-Alep (PDF 73Ko)
Communication à la séance mensuelle du 10 juin 2017

Cinquante ans d'amour fou [PDF] [YouTube]
Communication à la séance mensuelle du 16 janvier 2021



DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 31 mai 2014)

Discours de Jacques De Decker (PDF 65Ko)

Discours de Jean-Luc Outers (PDF 100Ko)