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Composition


Danielle Bajomée
Alain Bosquet de Thoran / Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge littéraire du 9 mai 1998 au 2 juin 2012
Prédécesseur : Paul Willems
Successeur : Caroline Lamarche
Fauteuil 17

BIOGRAPHIE

Alain Bosquet, dit de Thoran, est né à Bruxelles en 19331933. Sa mère était peintre, son père ingénieur acousticien fut aux côtés de Victor Horta quand il édifia la salle Henri le Boeuf du Palais des Beaux-Arts. Son grand-père, Émile Bosquet, était un pianiste de renom, son autre grand-père Maurice Corneil de Thoran, fut directeur de la Monnaie et chef d’orchestre. Le jeune Alain débute à moins de vingt ans comme secrétaire de rédaction du Journal du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, et publie bientôt, sous le nom d’Alain de Thoran, son premier recueil de vers, Terre habitable. Suivront les poèmes de L’Invitation chimérique, salués par Gaston Bachelard, et le Petit guide pour la visite d’un château, où se font jour des thèmes qui deviendront récurrents : le château, l’enfant, le cavalier, les armées et la présence forte et mystérieuse de la nature.

Un silence de dix années suivra, dû à son activité professionnelle dans le monde de la publicité. En 1973 paraît chez Jacques Antoine Le Songe de Constantin, un bref roman aux accents gracquiens, salué par André Pieyre de Mandiargues et Alain Jouffroy. Le narrateur est le bibliothécaire d’un château situé dans une région sans frontières, sans saisons, sans habitants sinon une «armée dérisoire installée dans la morne attente d’une reprise hypothétique du conflit». Il est question d’un tableau de Piero della Francesca sur lequel les protagonistes échangent des réflexions densément élaborées. Le procédé de l’essai dialogué ayant l’art pour sujet sera repris en 1976 dans Le Musée et, plus tard, dans Portrait de l’amateur puis dans Le Cavalier de la Monalena.

Entre ces proses, Bosquet de Thoran n’a jamais cessé d’écrire de la poésie. Naviscence (1973, Jacques Antoine) contient des poèmes d’un lyrisme dense et musical. Plusieurs autres recueils paraîtront, au Cormier, après le tournant du siècle, en écho à la Petite contribution à un art poétique parue en 1983.
En 1986 est publié le Traité du reflet, fugue et variations sur le thème du reflet en peinture et en musique, du reflet comme mise en scène. Une érudition assumée qui nous éclaire, entre autres, sur l’Offrande musicale de Bach ou sur le final de la Sonate en mi majeur op 109 de Beethoven.
L’inspiration picturale est à nouveau présente dans Deux personnages sur un chemin de ronde (1992) méditation en 145 brefs paragraphes sur le chef-d’oeuvre de Roger de la Pasture Saint Luc dessinant la Vierge, et plus particulièrement sur le chemin de ronde présent à l’arrière-plan du tableau. Ce chemin de ronde en appelle d’autres, la muraille de Chine, les remparts d’Iéna, de Sienne, d’Avila, ou encore les rondes quotidiennes «que chacun s’aménage comme à la sauvette».

Portrait de l’amateur (1996) est une chronique largement dialoguée. Bosquet de Thoran nous y rappelle qu’autrefois il n’y avait pas de distinction entre amateur et professionnel, ni entre art et artisanat. Dans notre société du profit, que serait, aujourd’hui, l’amateur? Un être «pur», «non embrigadé», rétif à la compétition, «un peu savant distrait». On retrouve, avec le personnage de l’amateur, ce goût pour les seconds rôles qui préfèrent les chemins de ronde à la scène agitée du monde. Et l’on se doute que ce fut la position de Bosquet de Thoran lui-même, dont la profession ne lui laissait que le temps d’une création à la marge. Ce qui ne fait pas de lui un dilettante, au contraire. Son inspiration, profonde, fervente, emprunte des voies diverses, de fines méditations côtoyant des dialogues plus démonstratifs. Paradoxes de cet homme qui a recours aussi à la correspondance, au journal, au carnet de notes, aux listes et aux jeux oulipiens, multipliant les outils de son art.

Deux personnages sur un chemin de ronde se terminait par ces mots : «Ce cavalier c’est moi.» Ce cavalier, minuscule dans le tableau décrit, se retrouvera au premier plan dans Le Cavalier de la Monalena, roman paru en 2002, dans lequel le narrateur, propriétaire d’une vieille ferme toscane, y retrouve une correspondance datant de cinq siècles, celle de deux frères, Fabrizio, peintre à Sienne, et Antonio, qui traverse l’Europe à cheval.
Auparavant La Petite Place à côté du théâtre vaudra le prix Rossel à son auteur en 1994. Cinq récits que tisse entre eux le thème du temps. Dans l’un d’eux, le fleuve du temps y prend la forme d’un glacier dans le regard d’un topographe. Dans un autre, le protagoniste contemple une ancienne carte postale représentant une ville nommée Vagabonde. La nouvelle qui donne son titre au recueil met en scène un homme qui, au sortir d’un concert, s’arrête sur la petite place à côté du théâtre et s’assied «à juste distance des conversations pour les entendre sans en être importuné, afin de goûter tout à l’aise sa fausse et subtile solitude». En somme, être au monde sans être pourtant dans le monde. Position, sans nul doute, de l’écrivain, et de Bosquet de Thoran en particulier.

Jusqu’à la fin, son œuvre demeure inséparable d’une réflexion sur l’art. Dans l’émouvante Chronique d’une hémiplégie, un de ses derniers livres, il se rêve en pianiste virtuose. Dans ses derniers poèmes publiés au Cormier, ses nouvelles au titre significatif (Le Collectionneur de passants et autres disparitions) et ses collections de brèves de journal intime, Bosquet de Thoran se révèle, malgré son déclin physique, émerveillé. Son ultime songe consigné est une perle ironique : «J’étais jeune, je tenais le rôle vedette dans un feuilleton télévisé. Crac! la thrombose. Je me retrouve comme aujourd’hui infirme et vieilli. Heureusement, on avait tourné huit épisodes du feuilleton à l’avance.»

Ces épisodes d’un feuilleton heureusement tourné à l’avance, tous ces livres brefs et incisifs, récits, poèmes, essais, constituent l’héritage d’un homme discret dont la fascination pour l’art n’a cessé d’irriguer la vie et l’œuvre. Alain Bosquet de Thoran est décédé le 2 juin 2012.

– Caroline Lamarche



BIBLIOGRAPHIE

L'Invitation chimérique, poèmes, Georges Houyoux, 1957.

Petit guide pour la visite d'un château, poèmes, chez l'auteur, 162.

Naviscence, poèmes, Bruxelles, Jacques Antoine, 1973.

Le Songe de Constantin, récit, Bruxelles, Jacques Antoine, 1973 (rééd. Éditions Talus d'Approche, 1995).

Le Musée, récit, Bruxelles, Jacques Antoine, 1976.

Petite contribution à un art poétique, poèmes, Bruxelles, Jacques Antoine, 1983.

Traité du reflet, essai, Jacques Antoine, 1986.

Deux personnages sur un chemin de ronde, Éditions de l'Aube, 1992.

La petite place à côté du théâtre, récits, Éditions Talus d'Approche, 1994.

Portrait de l'amateur, chronique, Éditions Talus d'Approche, 1996).

Fenêtres, ni dedans ni dehors (À propos de photos d'André Janssens), Bruxelles, CFC-Éditions, coll. «La Ville écrite», 2000.

Sous la lune aux toits d'ardoise, poèmes, Éditions Le Cormier, 2001.

Le Cavalier de la Monalena, récit, Éditions de l'Aube, 2002.

Fragments, poèmes, Bruxelles, Éditions Le Cormier, 2004.

Le poète, le poème et sa muse, théâtre (représentations : théâtre de Seneffe en 2004, Théâtre-poème, 2005).



E-BIBLIOTHÈQUE

Encore quelques manifestations du hasard objectif (PDF 70Ko)
Communication à la séance mensuelle du 9 octobre 1999

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DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 23 janvier 1999)

Discours de Charles Bertin (PDF 80Ko)

Discours d'Alain Bosquet de Thoran (PDF 84Ko)