Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Marie-Claire Blais
Marie-Claire Blais / Photo © ARLLFB Membre étranger littéraire
Élue le 11 avril 1992
Prédécesseur : Edmée de La Rochefoucauld
Fauteuil 34
BIOGRAPHIE

Marie-Claire Blais naît à Québec le 5 octobre 1939. Issue d’un milieu
modeste, elle fréquente cependant un établissement renommé, le couvent Saint-Roch que dirigent les Dames de la Congrégation. Elle s’en souviendra, évoquant les «odeurs de choux et de parloirs, d’avarice, de vernis, de politesse». L’adolescente lit beaucoup et, à côté des classiques de l’époque, découvre Lautréamont, Kafka ou le poète Émile Nelligan. À quinze ans, elle interrompt ses études pour gagner sa vie, exerçant divers métiers : commis dans une fabrique de biscuits, caissière dans une banque, vendeuse, etc. Mais elle suit également des cours de littérature à l’Université Laval et elle écrit!

Encouragée par Jeanne Lapointe et le Père Georges-Henri Lévesque — fondateur de l’École des sciences sociales à l’Université Laval —, elle publie un premier livre, La Belle Bête (1959). Elle a dix-neuf ans et obtient, pour cette publication, le prix de la Langue française. Toutes les préoccupations ou questions que se posera Marie-Claire Blais figurent déjà, en filigrane, dans La Belle Bête. Violence, amours, passions, déchirements, haine, etc. L’année suivante paraît Tête blanche où sont étudiées les relations difficiles entre une mère et son enfant… et cette souffrance implacable qu’est l’indifférence.

En 1963, ses romans ayant été remarqués par le critique américain Edmond Wilson, elle obtient deux bourses de la Fondation Guggenheim et s’installe aux États-Unis. Elle y écrit Une saison dans la vie d’Emmanuel (1965) qui lui vaudra le prix Médicis et le prix France-Québec, et assoit définitivement sa renommée. Liliane Wouters, qui recevra Marie-Claire Blais à l’Académie, dira à propos de ce livre : «(…) un seul mot nous vient à l’esprit : chef-d’œuvre. Entre la fable et l’épopée, la charge et le récit lyrique, avec sa langue drue, ses images fortes, sa perversité jubilatoire, sa cruauté rabelaisienne, ses blasphèmes et son sens religieux…»

Après L’Insoumise (1966) et David Sterne (1967), Marie-Claire Blais livre une trilogie, placée sous le titre général Manuscrits de Pauline Archange, et qui rassemble les Manuscrits de Pauline Archange (1968), Vivre! Vivre! (1969) et Les Apparences (1970). À l’inverse d’Une saison dans la vie d’Emmanuel, L’Insoumise, et cela a été souligné par la critique, est un livre peut-être plus intimiste, «cruellement feutré, impressionniste, voire pointilliste, tout en délicatesse et déchirures secrètes» selon Liliane Wouters. Comme s’il fallait marquer un temps d’arrêt après la perversité marquée de cette nouvelle Saison en enfer! David Sterne, une écriture qui oscille entre les genres, poésie ou roman. Quant à Manuscrits de Pauline Archange, c’est un récit où apparaissent de nombreux personnages qui changent de rôles et traite à la fois de l’enfance, de la cruauté et de la transgression. Cette trilogie semble préfigurer la suite de dix volumes placés sous le titre général de Soifs.

Citons encore, parmi une longue liste, quelques ouvrages, parce qu’ils furent remarqués. Ainsi, Une liaison parisienne (1975), Le Sourd dans la ville (1980), prix du gouverneur général, Visions d’Anna (1982), prix de l’Académie française en 1983, ou encore, L’Ange de la solitude (1990).
Mais, s’il est bien, de cette œuvre magistrale, un pan qu’on ne peut passer sous silence, c’est, à coup sûr, cet immense cycle de dix romans, publiés sur une période de plus de vingt ans, et intitulé Soifs, comme le fut le premier volume paru en 1995. Il s’agit là d’une œuvre hors normes, composée de quelque deux cents personnages, issus de milieux divers et scrutant les États-Unis de la fin du XXe siècle et du début de XXIe. Leur particularité réside dans le style de Marie-Claire Blais. Pas de paragraphes ni de chapitres, très peu de points, de longues phrases et de nombreuses virgules. Si cette manière de traiter peut paraître d’un abord troublant, elle entraîne son lecteur dans un tourbillon, dans un cyclone dont on devient dépendant, tant la phrase continue fait office de drogue douce et hallucinogène. Louis Hamelin, dans Le Monde des livres (2011) parlera de «cataractes verbales hypnotiques». On lui préférera le mot «hallucinogène» plutôt qu’«hypnotique»! Une réunion près de la mer clôt en 2018 cette épopée qu’on a parfois rapprochée de l’œuvre de Marcel Proust.

Mais le travail de Marie-Claire Blais ne se limite pas au seul genre romanesque. Elle écrit pour le théâtre dont L’Exécution, qui demeure sa pièce la plus célèbre. La Nef des sorcières (1976), écrite avec six autres femmes, une pièce engagée qui obtint un succès énorme. Citons encore L’Île (1988), Petites éternités perdues (2007) ou Désir (2007).

Elle a également abordé plus d’une fois la poésie. Les éditions Boréal ont ainsi publié en 1997 un choix intitulé Œuvre poétique, 1957-1999 duquel on citerait, en ces moments troubles, ce fragment de James : «Qu’allons-nous tous devenir privés de tous ces souffles… Qu’allons-nous désormais nous dire dans ce silence de l’effroi…»

Plusieurs de ses livres dont Une saison dans la vie d’Emmanuel ont été adaptés au cinéma et sont traduits dans le monde entier.

Petites cendres ou la capture (Boréal), sinistre portrait d’une Amérique à la dérive, vient de paraître en 2020.

Si elle a créé un style, Marie-Claire Blais est d’abord une femme engagée aux côtés des femmes et des valeurs qui devraient fonder notre monde. Dans un entretien récent au journal Le Devoir (avril 2019), elle s’est ainsi exprimée : «Le premier signe d’une dictature, c’est de tenir le peuple dans l’ignorance, d’opprimer les pauvres qui veulent apprendre, en commençant toujours par faire taire la presse… Heureusement, la pensée critique existera toujours, et ça, c’est quand même réconfortant.» Une réflexion, à l’image de cette œuvre singulière et attachante où, si la douleur reste présente, la joie l’est aussi.

Élue le 11 avril 1992, elle a succédé à Edmée de La Rochefoucauld et devient ainsi le premier écrivain québécois à siéger au sein de notre Académie.

– Yves Namur



BIBLIOGRAPHIE

La Belle Bête, roman, Montréal, Institut littéraire du Québec, 1959.

Tête blanche, roman, Montréal, Institut littéraire du Québec, 1960.

Le Jour est noir, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1962.

Pays voilés, poésie, Québec, Éditions Garneau, 1963.

Existences, poésie, Québec, Éditions Garneau, 1964.

Une saison dans la vie d'Emmanuel, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1965.

L'Insoumise, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1966.

David Sterne, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1967.

L'Exécution : Pièce en deux actes, théâtre, Montréal, Éditions du Jour, 1968.

Manuscrits de Pauline Archange, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1968.

Vivre! Vivre!, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1969.

Les voyageurs sacrés, récit, Montréal, Hurtubise HMH, 1969.

Les Apparences, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1970.

Le Loup, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1972.

Un joualonais sa joualonie, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1973.

Fièvre et autres textes dramatiques, théâtre, Montréal, Éditions du Jour, 1974.

Une liaison parisienne, roman, Montréal, Stanké/Quinze, 1975.

L'Océan suivi de Murmures, théâtre, Montréal, Quinze, 1977.

Les Nuits de l'Underground, roman, Montréal, Stanké, 1978.

Le Sourd dans la ville, roman, Montréal, Stanké, 1979.

Visions d'Anna ou Le vertige, roman, Montréal, Stanké, 1982.

Pierre : La guerre du printemps 81, roman, Montréal, Primeur, coll. «L'Échiquier», 1984.

Sommeil d'hiver, théâtre, Montréal, Éditions de la Pleine lune, 1984.

L'Île, théâtre, Montréal, VLB, 1988.

L'Ange de la solitude, roman, Montréal, VLB, 1989.

L'Exilé suivi de Les Voyageurs sacrés, nouvelles, Saint-Laurent, BQ, 1992.

Parcours d'un écrivain : Notes américaines, carnets, Montréal, VLB, 1993.

Soifs, roman, Montréal, Boréal, 1995.

L'instant fragile, anthologie, Montréal, Humanitas, 1995.

Œuvre poétique, 1957-1996, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 1997.

Théâtre, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 1998.

Textes radiophoniques, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 1999.

Dans la foudre et la lumière, roman, Montréal, Boréal, 2001.

Des rencontres humaines, essai, Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, coll. «Écrire», 2002.

Augustino et le chœur de la destruction, roman, Montréal, Boréal, 2005.



E-BIBLIOTHÈQUE




DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 8 mai 1993)

Discours de Liliane Wouters

Discours de Marie-Claire Blais