Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Roland Beyen
Roland Beyen / Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge philologue
Élu le 8 janvier 1994
Prédécesseur : Pierre Ruelle
Fauteuil 24
BIOGRAPHIE

Né à Nieuport, le 13 janvier 1935, dans une famille où l'on était pêcheurs depuis des générations, Roland Beyen aurait peut-être pris, lui aussi, le chemin de la mer s'il n'avait manifesté très tôt des dons évidents pour l'étude et un amour précoce de la littérature. On lui conseilla alors de se tourner vers la philologie romane — une gageure car il n’avait, à cette époque, qu’une connaissance sommaire du français.

Joseph Hanse le remarque et l’encourage. Licencié avec la plus grande distinction en 1959, Roland Beyen aurait pu s’arrêter là, mais son mentor l’incite à mettre en chantier une thèse de doctorat. Elle portera sur le théâtre de Michel de Ghelderode. Voulant montrer que le dramaturge a ouvert la voie à Samuel Beckett, à Eugène Ionesco et à Jean Genet, il se lance dans son enquête. Jeanne de Ghelderode accepte d’ouvrir les archives de son mari au jeune chercheur, qui se présente chez elle tous les soirs. Libre de fouiller, il quitte la rue Lefrancq, à Schaerbeek, au milieu de la nuit, ne dort que quelques heures.

On sait que Michel de Ghelderode a souvent fait étalage de ses lectures : les auteurs élisabéthains et les auteurs espagnols du Siècle d’or, les dramaturges scandinaves, les expressionnistes allemands… La voie du doctorant semble tracée : il faudra analyser l’évolution interne de l’œuvre théâtrale du dramaturge, tout en la situant dans l’histoire du genre et en évaluant ses dettes. Roland Beyen découvre bientôt que Michel de Ghelderode a antidaté une bonne partie de sa production et que les informations qui foisonnent dans Les Entretiens d’Ostende (1956) sont pour le moins suspectes. Toutes ces contradictions l’amènent à explorer l’immense correspondance conservée par son auteur : quelque huit mille lettres.

Devenu aspirant du FNRS en 1964, puis assistant à l’Université de Leuven (KUL), Roland Beyen soutient brillamment sa thèse en 1968. En 1970, il donne à la revue Les Lettres romanes une étude importante sur les goûts littéraires de Michel de Ghelderode.

Ce n’est qu’un prélude et, l’année suivante, l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique publie une partie de la thèse de 1968 sous le titre Michel de Ghelderode ou la hantise du masque. Il s’agit là de la première biographie intellectuelle et critique du dramaturge, mettant l’accent sur un auteur mythomane et mystificateur, ayant rencontré des admirateurs d’une crédulité sans bornes et leur ayant présenté un passé habilement recomposé. Après l’examen opéré par Roland Beyen, seul demeure le mythe. Le portrait n’est pas flatteur, mais il est brossé sans la moindre hargne : Michel de Ghelderode est restitué autant à sa vérité qu’à sa complexité.

En 1974, l’année où il est nommé professeur ordinaire, Roland Beyen fait paraître un essai sur l’œuvre théâtrale de son auteur de dilection et devient, tout naturellement, une autorité ès études ghelderodiennes, ainsi qu’en témoignent, en 1980, le magnifique catalogue de l’exposition Michel de Ghelderode ou la Comédie des apparences, puis, promise de longue date, la Bibliographie de Michel de Ghelderode, que l’Académie royale édite en 1987. En plus de huit cents pages et dix mille références des plus précises, c’est l’inventaire des écrits publiés ou inédits du dramaturge et des textes consacrés à son œuvre.

Au cours de son enquête menée rue Lefrancq, Roland Beyen avait été frappé par l’ampleur et par la richesse des lettres de Michel de Ghelderode. Restait à les rassembler et à retrouver les réponses, dispersées chez les correspondants ou leurs héritiers, des marchands d’autographes ou des collectionneurs, dans les bibliothèques privées et publiques. Et c’est à quoi s’est alors attelé Roland Beyen — un travail de plusieurs décennies, une investigation de tous les instants, qui l’a conduit à découvrir des milliers de lettres, pour la plupart inconnues et inédites, et à les publier au fur et à mesure, à partir de 1991.

Les missives des premières années, celles s’étalant entre 1919 et 1928, présentent un intérêt documentaire considérable, car elles éclairent les premiers temps, souvent nébuleux, de l’écrivain au sein des milieux littéraires et artistiques. Vers les années 1930, se révèle au lecteur un épistolier brillant, qui manie avec virtuosité les néologismes et l’archaïsme verbal, et Dieu sait s’il en est friand, cultive la truculence jusqu’à la scatologie et pratique volontiers d’étonnants jeux de mimétisme stylistique.
Ce travail colossal s’est matérialisé par la publication de la monumentale correspondance de Michel de Ghelderode en dix épais volumes, le dernier, qui est un index illustré, en 2012, dans la collection «Archives du futur». En dehors de cet index, l’ensemble totalise six mille deux cent une pages et compte deux mille trois cents notes. Et parmi ces pages, il y en a six cent soixante-quatorze qui constituent des notices explicatives ou des notices biographiques consacrées en général aux multiples correspondants du dramaturge, autant dire des mines de renseignements précieux sur les femmes, les hommes, les courants littéraires et artistiques et l’histoire de l’époque.

Lors d’une séance publique d’hommage à Roland Beyen à l’Académie royale, le 24 novembre 2012, Jean-Baptiste Baronian a dit à quel point on pouvait être impressionné par les recherches entreprises par son confrère et s’est demandé par quel terme il convenait de le désigner. Un scoliaste, un annotateur, un commentateur, un apostillateur, un noticiateur, un noticieur ou encore un noteur… Ce qui est sûr, c’est que son travail est celui d’un chercheur infatigable, exigeant et passionné. Il est de ceux qui ont renouvelé totalement un sujet et offert aux exégètes une base solide, sur laquelle ils pourront appuyer leurs travaux.

L’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique a élu Roland Beyen membre le 8 janvier 1994, à la succession de Pierre Ruelle, au fauteuil 24.

Jean-Baptiste Baronian et Jacques Detemmerman



BIBLIOGRAPHIE

Michel de Ghelderode ou la hantise du masque, essai de biographie critique, Bruxelles, Éditions de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 1971.

Ghelderode, essai, Paris, Éditions Pierre Seghers, 1974.

Michel de Ghelderode ou la Comédie des apparences, catalogue, Paris-Bruxelles, Centre Pompidou-Bibliothèque Royale, 1980.

Bibliographie de Michel de Ghelderode, Bruxelles, Bruxelles, Éditions de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 1987.

Correspondance de Michel de Ghelderode, édition établie, présentée et annotée par Roland Beyen, Bruxelles, Labor, 1991.

Ionesco ou le sens de la contradiction, essai, Tournai, La Renaissance du Livre, 2001.

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Lettres ou ne pas lettres. Mélanges de littérature française de Belgique offerts à Roland Beyen, édités par Jan Herman, Lieven Tack et Koenraad Geldof avec la collaboration de Nathalie Kremer, Stefania Marzo et Kris Peeters, Presses Universitaires de Louvain, «Symbolae Facultatis Litterarum Lovaniensis», Series D Litteraria. Vol. 14, 2001.



E-BIBLIOTHÈQUE

L'édition de la correspondance de Ghelderode. Problèmes de sélection, de transcription et d'annotation (PDF 92Ko)
Communication à la séance mensuelle du 9 décembre 1995

Michel de Ghelderode et l'Académie (PDF 120Ko)
Communication à la séance mensuelle du 4 avril 1998

De la ghelderodite parisienne à la ghelderodite bruxelloise (PDF 143Ko)
Communication à la séance mensuelle du 13 mars 2004

De La Balade du Grand Macabre de Ghelderode à l'opéra Le Grand Macabre de Ligeti (PDF 95Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 mars 2009

Dans les coulisses de la correspondace de Ghelderode (PDF 165Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 avril 2012



DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 18 juin 1994)

Discours de Raymond Trousson (PDF 84Ko)

Discours de Roland Beyen (PDF 86Ko)