Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Françoise Mallet-Joris
Françoise Mallet-Joris / Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge littéraire du 9 octobre 1993 au 13 août 2016
Prédécesseur : Suzanne Lilar
Successeur : Corinne Hoex
Fauteuil 13
BIOGRAPHIE

Françoise Mallet-Joris naît à Anvers le 6 juillet 1930. Fille d’Albert Lilar, avocat et futur ministre d’État, et de Suzanne Lilar, dont l’étincelante carrière littéraire va commencer, la jeune Françoise passe son enfance dans la vaste maison bourgeoise de la rue Jordaens où ses parents reçoivent une société d’artistes et de gens de lettres. Elle lit Balzac à onze ans, Tolstoï à treize, puis Flaubert, Maupassant, Stendhal, Zola, Dostoïevski, et Rilke. Précocité? Elle s’en défend : «Je ne crois pas que j’étais une enfant tellement avancée, dira-t-elle. Je crois que j’étais une enfant à qui on n’achetait pas de livres d’enfants.» Précocité cependant. Précocité en toute chose. Impatience de vivre. La jeune Françoise Lilar, à dix-sept ans, déjà mère, mariée et séparée, s’installe à Paris, choisit le pseudonyme de Françoise Mallet-Joris, décide que son métier sera d’écrire et organise sa vie en ce sens. Volonté admirable. Vitalité qui ne l’est pas moins. Trois mariages. Quatre enfants. Et une œuvre impressionnante qui débutera en 1951 par un coup d’éclat, la parution du Rempart des béguines, dont l’héroïne, une adolescente en révolte contre son milieu bourgeois — et anversois —, vit une aventure avec la maîtresse de son père. La publication, par une toute jeune femme au regard candide d’écolière sage, de cet audacieux roman d’un élégant cynisme et aux accents autobiographiques évidents fit, pour le plus grand plaisir de son éditeur, René Julliard, un joli scandale. Ce succès fulgurant, suivi en 1955 par celui de La Chambre rouge, confirmera le nouvel auteur dans son projet de vivre de sa plume et inaugurera une passionnante carrière littéraire, riche de plus d’une trentaine de titres, tous exceptionnels, et de quelques prix prestigieux comme le Femina — reçu en 1958 pour L’Empire céleste. Un parcours éblouissant qui conduira Françoise Mallet-Joris en 1970 à l’Académie Goncourt et, en 1993, à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au fauteuil qu’occupa sa mère.

L’œuvre est foisonnante, sans cesse renouvelée, allant du roman à l’essai, de la biographie à la nouvelle ou à la chanson (l’auteur écrira plus de trois cents chansons, principalement pour Marie-Paule Belle, dont la célèbre Parisienne), une œuvre audacieuse, recherchant toujours de nouveaux défis et que gouverne, sous son apparente diversité, une profonde cohérence interne, une quête fondamentale portée par de captivantes héroïnes. Dans les premiers romans, elles seront fières et inflexibles, telle l’orgueilleuse Hélène du Rempart des béguines (1951) ou la fougueuse Marie Mancini. Peu à peu cependant, l’auteur se libérera de ses personnages d’adolescentes insoumises.

Le propos deviendra plus ambitieux et plus grave. Les enjeux, plus risqués. Un cheminement essentiel la mènera depuis la jeune Hélène intraitable et altière jusqu’aux personnalités plus épanouies des superbes romans de la maturité, comme la bouleversante Jeannette d’Un chagrin d’amour et d’ailleurs (1981), ou Laura dans Le Rire de Laura (1985), ou encore l’impressionnante Jeanne Guyon (1978), frappée de plein fouet par la quête mystique.

Entre-temps, auront vu le jour deux ouvrages autobiographiques, moments de questionnement et d’introspection : Lettre à moi-même en 1963 et La Maison de papier en 1970, dont le charme et le ton de confidence séduiront nombre de lecteurs (La Maison de papier se vendra à plus d’un million d’exemplaires). Une troisième halte, enfin, aura lieu beaucoup plus tard, en 2000 : La Double Confidence, autobiographie en miroir, dans laquelle, par le biais de la vie et de l’œuvre de Marceline Desbordes-Valmore, Françoise Mallet-Joris, avec une intuition fulgurante, interrogera, une fois encore, son propre itinéraire.

Alors que le Nouveau Roman fascine les milieux littéraires parisiens, un journaliste, en 1965, lors de la remise du prix Prince Pierre de Monaco, lui demande où elle se situe dans le roman moderne. La réponse est souriante mais sans ambages : «Je ne me situe pas dans le roman moderne.» On y sent presque de l’insolence, une fierté un peu frondeuse. D’ailleurs, dans Lettre à moi-même (1963), l’auteur s’amuse : «Je n’ai rien, mais rien du tout contre les nouveaux gadgets. (…) Oh! Si la ponctuation me gênait, ou le sujet, ou les personnages, je les balancerais bien par-dessus bord, et sans me figurer, parce que je saute les points et virgules, que je fais une révolution littéraire. Mais il est vrai qu’ils ne me gênent pas. Je vais écrire un roman avec un sujet et des personnages. C’est un vieil outil, sans doute, mais qui peut encore servir. Tout au moins, me servir.» Un vieil outil rodé, assoupli, affûté : la technique littéraire de Françoise Mallet-Joris est sans faille et, d’emblée, produit des chefs-d’œuvre. Son envoûtant roman, Les Mensonges (1956), d’une étonnante maîtrise, paraît alors qu’elle n’a que vingt-six ans. Le climat à la fois réaliste et empli de mystère fait songer au Balzac du Père Goriot, au Mauriac du Nœud de vipères, au Simenon du Bourgmestre de Furnes, et Les Mensonges s’élève à la hauteur de ces romans majeurs.

Françoise Mallet-Joris maintiendra toujours la barre à ce niveau d’exigence, en des romans d’une intense pénétration. Ainsi Sept démons dans la ville (1999), où la monstruosité du drame intime se noue à l’actualité de l’affaire Dutroux, renforçant la tension d’une intrigue qui serre la gorge. Ou Les Personnages (1961), roman tout en clairs-obscurs, dans lequel, face aux intrigues venimeuses de la cour de Louis XIII, grandit l’âme sombre et secrète de la jeune favorite du roi. Car toujours chez Françoise Mallet-Joris l’œuvre pénètre les profondeurs de l’âme, les éclairs qui nous traversent, poursuivant ce fil mystérieux, cet inaccessible, et lorsque, dans La Double Confidence, gravement, l’auteur s’interroge : «Ai-je aimé, ou seulement écrit?», on saisit à quel point aimer et écrire jaillissent chez elle d’une même source.

Françoise Mallet-Joris nous a quittés le 13 août 2016.

Corinne Hoex




BIBLIOGRAPHIE

Le Rempart des béguines, roman, Paris, Julliard, 1951.

La Chambre rouge, roman, Paris, Julliard, 1954.

Cordélia, nouvelles, Paris, Julliard, 1956.

Les Mensonges, roman, Paris, Julliard, 1956.

L'Empire céleste, roman, Paris, Julliard, 1958.

Les Personnages, roman, Paris, Julliard, 1961.

Lettre à moi-même, essai, Paris, Julliard, 1963.

Marie Mancini. Le premier amour de Louis XIV, biographie, Paris, Hachette, 1964.

Les Signes et les prodiges, roman, Paris, Grasset, 1966.

Enfance, ton regard, Paris, Hachette, 1966.

Trois âges de la nuit, histoires de sorcellerie, Paris, Grasset, 1968.

La Maison de papier, roman, Paris, Grasset, 1970.

Dickie-Roi, roman, Paris, Grasset, 1970.

Le Jeu du souterrain, roman, Paris, Grasset, 1973.

J'aurais voulu jouer de l'accordéon, essai, Paris, Julliard, 1975.

Allegra, roman, Paris, Grasset, 1976.

Jeanne Guyon, biographie, Paris, Grasset, 1979.

Un chagrin d'amour et d'ailleurs, roman, Paris, Grasset, 1981.

Le Clin d'œil de l'ange, roman, Paris, Gallimard, 1983.

Le Rire de Laura, roman, Paris, Gallimard, 1985.

La Tristesse du cerf-volant, roman, Paris, Flammarion, 1988.

Adrina Sposa, roman, Paris, Flammarion, 1990.

Divine, roman, Paris, Flammarion, 1991.

Les Larmes, roman, Paris, Flammarion, 1993.

La Maison dont le chien est fou, roman, Paris, Flammarion-Plon, 1997.

Sept Démons dans la ville, roman, Paris, Plon, 1999.

La Double Confidence, roman, Paris, Plon, 2001.

Portrait d'un enfant non identifié, roman, Paris, Grasset, 2004.

Ni vous sans moi, ni moi sans vous, roman, Paris, Grasset, 2007.



E-BIBLIOTHÈQUE

Du criminel-né à la femme coupable (PDF 84Ko)
Communication à la séance mensuelle du 9 novembre 1996



DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique 18 juin 1994

Discours de Georges Sion (PDF 71Ko)

Discours de Françoise Mallet-Joris (PDF 80Ko)