Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Paul Delsemme

Paul Delsemme / Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge philologue du 10 janvier 1998 au 26 juin 2008.
Prédécesseur : Louis Remacle
Successeur : Jacques Charles Lemaire
Fauteuil 7

BIOGRAPHIE

Paul Delsemme est né à Schaerbeek le 31 janvier 1913 et est décédé dans la même commune le 26 juin 2008, à l’âge avancé de 95 ans.

Il appartient à une famille modeste de Schaerbeek, commune bruxelloise qu’il ne quitte que pendant sa première année d’école primaire pour vivre à Pontarlier (Doubs), où son père soignait une affection pulmonaire contractée dans les geôles allemandes au cours du premier conflit mondial. Il passe à l’école moyenne C (aujourd’hui Athénée Max-Carter) ses premières années de l’enseignement secondaire, avant d’achever des études commerciales à l’Athénée communal de Schaerbeek (Athénée Fernand Blum). Jeune diplômé, il devient aussitôt commis de direction au sein de l’administration communale de la place Collignon. Puis, c’est à l’Athénée Fernand Blum qu’il entre en fonction en 1946, en tant que surveillant-éducateur d’abord, puis à titre de professeur de français jusqu’en 1964, quand ses travaux de recherche lui valent d’entrer dans le corps professoral de l’ULB, où il exerce, de 1964 à 1983, la double fonction de professeur à temps plein et de bibliothécaire en chef.

Le parcours qu’il a emprunté pour accéder à cette charge sort de l’ordinaire. À une époque où l’accès aux études de philologie romane était conditionné à la détention d’un diplôme de la section latin-grec de l’enseignement des humanités, Paul Delsemme se doit d’obtenir du Jury central un certificat d’homologation pour accéder aux études universitaires. L’effort à accomplir se révèle considérable, mais détermination et énergie font partie de son viatique existentiel. En 1940, le Jury d’État le déclare admissible à la poursuite d’études en faculté de philosophie et lettres. Ces études se déroulent pendant les années d’occupation, mais Paul Delsemme ne se décourage pas : il prépare ses examens alors que l’ULB a fermé ses portes pour échapper aux sommations des autorités allemandes. Ses efforts sont couronnés de succès : il est proclamé licencié en philosophie et lettres en 1946.

Dès le temps de sa nomination comme professeur dans l’enseignement secondaire, il rédige des travaux sur divers auteurs symbolistes, puis s’attelle à la rédaction d’une thèse tout en poursuivant son rôle d’enseignant. Les nécessités heuristiques quotidiennes de la recherche scientifique ne le rebutent pas : il consulte plus d’un millier de livres, cherche à comprendre et à mettre en valeur l’oeuvre d’un auteur méconnu, Teodor de Wyzewa, figure marginale du symbolisme peu étudiée jusque-là et auteur polyglotte qui a exercé une fonction d’intermédiaire culturel de premier plan entre la France et l’étranger (l’Angleterre, les pays scandinaves, la Pologne, l’Allemagne).

Simultanément, il prépare pour une collection animée par son maître Gustave Charlier à «La Renaissance du Livre» une anthologie consacrée à l’académicien George Garnir, fondateur de l’hebdomadaire Pourquoi pas? et auteur des paroles du Semeur, chant des étudiants de l’ULB. Ce livre, qui paraît en 1956, rend bien compte des intérêts divers de Garnir, en particulier ses souvenirs de l’occupation allemande à Liège en 1914-1918 et les réalités de la vie terrienne dans le Condroz.

Deux ans plus tard, Paul Delsemme publie à Paris, aux prestigieuses éditions Nizet, une étude sur Charles Morice, théoricien du symbolisme. L’ouvrage, couronné par l’Académie française en 1960, réhabilite la critique intuitive et l’esthétique exigeante du courant symboliste. Il rappelle l’hostilité de Morice au naturalisme, son inclination pour l’ésotérisme et pour une certaine forme d’aristocratisme littéraire.

L’intérêt que Paul Delsemme a constamment porté au théâtre se traduit, en 1979, par un livre remarqué L’Œuvre dramatique, sa structure et sa représentation. Le volume d’hommage Théâtre de toujours d’Aristote à Kalisky, publié en son honneur en 1983, rappelle aussi le rôle qu’il a exercé pour établir une bibliographie de base des arts du spectacle en Belgique.
Par ailleurs, il se passionne pour le style que Paul Bay a nommé «coruscant», cette manière d’écrire vive et brillante, qui repose sur la mise en oeuvre de néologismes ou d’archaïsmes, sur la quête du rare et du bizarre. Adoptée par des écrivains naturalistes comme Georges Eekhoud ou Camille Lemonnier, mais aussi par des poètes symbolistes tels que Max Elskamp et Émile Verhaeren, cette expression stylistique permet aux créateurs de donner libre cours à leur personnalité. Elle a marqué la génération du tournant entre le XIXe et le XXe siècle et a été représentée par le mouvement littéraire de la Jeune Belgique.

Peu de temps avant de quitter ses charges universitaires, Paul Delsemme (qui consacrera aussi une partie de ses loisirs — et de ses économies — à rassembler les timbres-poste illustrant les littérateurs de tous les pays) s’enthousiasme pour un autre sujet de recherche : les liens intellectuels entre les gens de lettres et la franc-maçonnerie. Il publie en 1983 un premier recensement de francs-maçons, qui comporte une quarantaine de figures littéraires de la Belgique romane et une trentaine d’écrivains flamands. En 2004, il fait paraître un ouvrage monumental (de 560 pages) dans lequel il analyse, par tranches chronologiques, les écrits de plus de cent quarante personnalités. Il souligne avec pertinence l’absence des jeunes poètes dans les loges du XIXe siècle, mais à l’inverse, la présence de nombreux écrivains attirés par la réflexion ou l’action politiques comme Goswin de Stassart, Charles De Coster, Charles Potvin, Eugène Goblet d’Alviella, etc.

Élu le 10 janvier 1998 au septième fauteuil de l’Académie, Delsemme y déploie les qualités que ses collègues, ses amis et ses familiers lui connaissent bien : une intelligence brillante, un charme élégant, une affabilité souriante, une amitié chaleureuse et une assiduité sans faille. Il a laissé partout le souvenir d’un homme d’une grande qualité.

– Jacques Charles Lemaire



BIBLIOGRAPHIE

George Garnir. Les meilleures pages présentées par Paul Delsemme, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1956 (collection anthologique des prosateurs belges).

Un théoricien du Symbolisme, Charles Morice, Paris, Nizet, 1958.

Teodor de Wyzewa et le Cosmopolitisme littéraire en France à l'époque du Symbolisme, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, deux volumes, 1967.

L'œuvre dramatique, sa structure et sa représentation, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, 1979 (réédition 1983).

Les grands courants de la littérature européenne et les écrivains belges de langue française, Bruxelles, Émile Van Balberghe Libraire et Bibliothèques de l'Université libre de Bruxelles, 1995.

Les écrivains francs-maçons de Belgique, Bruxelles, Bibliothèques de l'Université libre de Bruxelles, 2004.



E-BIBLIOTHÈQUE

Rendre justice à James Vandrunen (PDF 100Ko)
Communication à la séance mensuelle du 11 décembre 1999

Théodore Hannon, poète moderniste (PDF 140Ko)
Communication à la séance mensuelle du 4 novembre 2000

Une amitié littéraire : Albert Mockel et George Garnir (PDF 270Ko)
Communication à la séance mensuelle du 10 novembre 2001

La Bataille littéraire (1919-1924) ou aspirations et déceptions d'un après-guerre (PDF 148Ko)
Communication à la séance mensuelle du 8 novembre 2003

Littérature et cinéma : Denis Marion (PDF 129Ko)
Communication à la séance mensuelle du 11 mars 2006