Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Jacques De Decker
Jacques De Decker / Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge littéraire du 8 mars 1997 au 12 avril 2020
Prédécesseur : Albert Ayguesparse
Successeur : Luc Dellisse
Fauteuil 8

BIOGRAPHIE

Jacques De Decker est né en août 1945. Dramaturge, librettiste, romancier, nouvelliste, essayiste, critique, biographe, traducteur, adaptateur, scénariste, chroniqueur, professeur, il succède à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique à Albert Ayguesparse dont il disait, dans son discours de réception en 1998 : «Il fut un exceptionnel serviteur des lettres… des autres. Beaucoup [oublièrent] qu’il vaquait aussi à sa propre œuvre.»

Son premier livre publié (1971) est un essai, en néerlandais, consacré au théâtre d’Hugo Claus. À partir de là, c’est «en écrivain» qu’il aborde la critique littéraire et théâtrale au journal Le Soir. Les milliers d’articles qu’il signe de ses initiales J. D. D. constituent davantage une véritable encyclopédie d’essais qu’une production strictement journalistique. Trois recueils en ont d’ailleurs réuni quelques-uns dédiés à la littérature : Les Années critiques, En lisant, en écoutant et La Brosse à relire.

L’œuvre théâtrale se partage en deux volets : les adaptations (notamment de grands classiques dont il fait des versions de référence en francophonie) et les œuvres originales. Celles-ci mettent en scène des hommes et des femmes d’aujourd’hui. «Mes pièces n’ont d’autres visées que de reconstruire dans l’espace et le temps convenus du théâtre des parcelles d’existence prélevées sur le corps social qui nous cerne et nous contient.» Ses personnages se débattent dans un quotidien qui les confronte au désarroi du couple, de la famille, de la vie en société. Petit matin, Jeu d’intérieur, Épiphanie, Tranches de dimanche, Fitness, Petit matin, grand soir, Le Magnolia ou Le Veau-de-ville et le Veau-des-champs nous montrent des «gens qui n’arrivent pas à faire coïncider leur être avec le rêve où ils se projettent».

Les recueils de nouvelles (Tu n’as rien vu à Waterloo, Les Philosophes amateurs, Modèles réduits) et les romans (La Grande Roue, Parades amoureuses, Le Ventre de la baleine) jalonnent la bibliographie de l’écrivain.
Avec La Grande Roue, il rend hommage à La Ronde de Schnitzler et à la ville de Bruxelles, dont la grande roue s’élève chaque été au coeur de la fête foraine. Ancré dans le terroir belge, le livre aborde la confrontation entre deux cultures et leur expression linguistique, stigmatise l’absence de curiosité pour l’autre, développe l’appréhension de l’écrivain devant le désengagement des intellectuels, et exprime une désillusion désabusée à l’égard du monde politique. On lit aussi dans ce premier roman l’attrait de la poésie et de la musique.

Pour Parades amoureuses, il joue de la polysémie du titre «parades» — à la fois danse de séduction amoureuse, esquive en escrime et défilé festif — pour aborder la difficulté d’être, celle d’aimer, de donner un sens à l’existence. Situé dans le monde de l’enseignement, anticipant la crise que celui-ci va traverser un an plus tard, le récit est traversé par le désenchantement irréparable auquel conduit l’engagement politique et protestataire.

Le Ventre de la baleine s’inspire d’un fait divers qui a bouleversé la scène politique belge : l’assassinat d’André Cools, ministre d’État, figure de proue du parti socialiste. Le romancier en fait le protagoniste central du livre sous le nom d’Arille Cousin. À partir d’un premier chapitre onirique, il compose un roman centré sur la figure de l’homme politique et l’effondrement de l’organisation morale de la société.

Deux biographies consacrées respectivement à Ibsen et Wagner, publiées chez Gallimard en format de poche, constituent un véritable défi de concision, d’exhaustivité et de lisibilité.

Manquent encore à cet inventaire de l’œuvre la création et l’animation d’une émission littéraire à la télévision belge entre 1983 et 1986 (Écritures), les innombrables chroniques, préfaces, et animations de rencontres littéraires.
En décembre 2019, l’académicien a pris sa retraite des fonctions de secrétaire perpétuel. Jusqu’au dernier jour de son mandat, il fut, comme Ayguesparse, un «exceptionnel serviteur des lettres… des autres». On aurait voulu qu’il ait dorénavant à cœur de mettre en œuvre une résolution formulée dans un poème inédit : (…) très tôt il lui faudrait créer / (…) /Sa légende à lui seul, son rôle dans la ronde, /Dans cet arpent de temps qu’il pouvait gouverner.

Aborder dans une notice la mosaïque que constitue l’œuvre de ce «touche-à-tout» relève de la gageure. Outre les publications, comment rendre compte de plusieurs décennies d’enseignement à l’École d’interprètes internationaux de l’Université de Mons, au Conservatoire royal de Bruxelles et à l’INSAS, l’école de cinéma de Bruxelles? Comment matérialiser l’inspiration qu’il insuffla à des centaines d’étudiants, par ses improvisations et son érudition, l’élégance de sa pensée, intelligible et accessible, sans concession à l’exigence et à l’esprit critique? Comment, enfin, témoigner de l’impulsion que ses articles ont donnée aux écrivains, dramaturges, metteurs en scène, comédiens, stimulés par un article signé des initiales J.D.D., et par ses formulations aussi fulgurantes que des aphorismes qui mettaient en lumière le meilleur de ce qu’il avait lu, vu, regardé, entendu? Il faudrait publier l’ensemble de cette production littéraire. Jacques De Decker avait souhaité pour son prédécesseur, en conclusion de son discours de réception, «que l’on inaugure, pour Ayguesparse, une formule dont nos lettres manquent cruellement, celle des œuvres complètes».

Une telle entreprise, débutant par l’édition intégrale des éditoriaux de la revue Marginales — qui constituent une chronique originale de la géopolitique européenne et mondiale et de leurs enjeux sociaux et culturels de 1998 à nos jours — et des articles critiques, mettrait en évidence la nécessité d’aborder le monde en écrivain. Jacques De Decker en fit la démonstration éclatante. Il est inopinément décédé le 12 avril 2020.

– Jean Jauniaux



BIBLIOGRAPHIE

Over Claus' toneel, essai, Brugge/Antwerpen, De Galge, 1971.

Petit matin suivi de Jeu d'intérieur, théâtre, Bruxelles, Jacques Antoine, 1979.

Épiphanie, théâtre, Bruxelles, Le Cri, 1982.

La grande roue, roman, Paris, Grasset, 1985 (rééd. Marabout, 1987; rééd. Labor, coll. «Espace Nord», 1993).

Tranches de dimanche, théâtre, Arles, Actes-Sud Papiers, 1987.

Bruxelles - L'Europe des villes rêvées, guide, Paris, Autrement, 1988.

Les années critiques. Les septantrionaux, chroniques, Bruxelles, Ercée, 1990.

Parades amoureuses, roman, Paris, Grasset, 1990.

Fitness, théâtre, Bruxelles, L'Ambedui, 1994.

Trente ans d'écriture, entretiens avec Pierre Mertens, Bruxelles, L'Ambedui, 1995.

En lisant, en écoutant, essai, Avin, Luce Wilquin, 1996.

Le Ventre de la baleine, roman, Bruxelles, Labor, coll. «Périples», 1996.

Petit matin, grand soir, théâtre, Bruxelles, L'Ambedui, 1997.

Henri Ronse, les années Bruxelles. Une petite histoire d'un nouveau théâtre en Belgique (1980-1995), chroniques, Nouveau Théâtre de Belgique / La Lettre Volée, coll. «Histoire du spectacle», 1997.

La brosse à relire, essai, Avin, Éditions Luce Wilquin, 1999.

Le Magnolia ou le Veau-de-Ville et le Veau-des-Champs, théâtre, Carnières-Morlanwez, Lansman Éditeur, coll. «Nocturnes Théâtre», 1998.

Un bagage poétique pour le 3e millénaire, entretiens, Bruxelles, La Renaissance du Livre, coll. «Étude littéraire», 2001.

Les aventures de la littérature (avec Jacques Carion), essai, Bruxelles, L'Ambedui, 2001.

Tu n'as rien vu à Waterloo, nouvelles, Bruxelles, Le Grand Miroir, coll. «La petite littéraire», 2003.

Un siècle en cinq actes. Les grandes tendances du théâtre belge francophone au XXe siècle (avec Paul Aron, Cécile Michel, Philip Tirard et Nancy Delhalle), essai, Le Cri, coll. «Histoire», 2003.

Les Philosophes amateurs, roman, Bruxelles, Le Grand Miroir, coll. «La petite littéraire», 2004.

Entretien avec Hubert Nyssen, Paris, Éditions du Cygne, 2005.

Histoires de tableaux (avec Paul Émond), nouvelles, Bruxelles, CFC Éditions, coll. «La ville écrite», 2005.

Je me souviens de Bruxelles, collectif, anthologie, Bordeaux, Le Castor Astral, coll. «Escales du Nord», 2006.

Théâtre et société (avec Jean-Pierre Dopagne, Claire Lejeune et Jean-Marie Piemme), conférences, Carnières-Morlanwez, Lansman Éditeur, 2006.

Ibsen, biographie, Paris, Gallimard, 2006.



E-BIBLIOTHÈQUE

Georges Rodenbach : cent ans de belgitude (PDF 90Ko)
Communication à la séance mensuelle du 12 septembre 1998

Attouchements aux Attouchements des sonnets de Shakespeare de Marcel Thiry (PDF 76Ko)
Communication à la séance mensuelle du 15 octobre 2001

Chemin de ronde autour du Reigen de Schnitzler (PDF 68Ko)
Communication à la séance mensuelle du 17 mai 2003

L'écrivain et son lecteur (PDF 72Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 février 2004 (avec Liliane Wouters)

Ibsen chez les Belges (PDF 92Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 janvier 2006

Suzanne Lilar et Julien Gracq : une amitié littéraire (PDF 86Ko)
Communication à la séance mensuelle du 13 décembre 2008

Paul Valéry est-il mort d’amour ? (PDF 111Ko)
Communication à la séance mensuelle du 17 avril 2010

Wagner chez les Belges (PDF 93Ko)
Communication à la séance mensuelle du 12 mars 2011

Retrouver Albert Dasnoy (PDF 71Ko)
Communication à la séance mensuelle du 13 octobre 2012

Portrait d'un premier de cordée (PDF 68Ko)
Communication de Jacques De Decker
à la séance mensuelle du 16 juin 2018


Pessoa comme personne [PDF] [YouTube]
Communication à la séance mensuelle du 13 avril 2019



DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 24 janvier 1998)

Discours de Jean Tordeur (PDF 78Ko)

Discours de Jacques De Decker (PDF 83Ko)