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Danielle Bajomée
Danielle Bajomée / Photo ©  Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge philologue
Élue le 12 juin 2004
Prédécesseur : André Vandegans
Fauteuil 2

BIOGRAPHIE

Née le 18 mai 1944, Danielle Bajomée est professeure honoraire à l’Université de Liège où elle a réalisé une brillante carrière d’enseignante et de chercheuse. Elle y a enseigné la littérature française des XIXe et XXe siècles, la littérature contemporaine, la mythanalyse, l’écriture de création et la poétique du cinéma. Elle y a également fondé, avec Juliette Dor, le Ferulg, groupe de recherche féministe. Enfin, depuis 1987, elle est présidente du Centre d’études Georges Simenon et du Fonds Simenon.

Ses cours ne se sont cependant pas limités à l’institution principautaire : elle a également enseigné à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, à celle de Sfax, à celle d’El Jadida au Maroc, où elle a fondé, avec Abdel Marbrour, le Laboratoire de Recherches sur l’Interculturel.

Danielle Bajomée a su à merveille marier ses enseignements à ses recherches. Celles-ci se sont ouvertes par un mémoire en philologie romane consacré, en 1965, au poète Jules Laforgue, mémoire qui lui a valu d’être recrutée aussitôt par le professeur André Vandegans (à qui elle succédera à l’Académie). Sa thèse l’amène ensuite à s’intéresser au Nouveau Roman. Pendant sept mois, elle étudie les archives des éditions de Minuit, à Paris, tout en suivant des cours à l’École pratique des hautes études. Cette thèse, qui porte le titre Vingt ans après… Essai de situation du Nouveau Roman, est défendue en 1973. Dix ans plus tard, en 1983, Danielle Bajomée organise à Paris le premier colloque consacré à l’œuvre de Marguerite Duras — qui donnera lieu à un ouvrage collectif. Elle ne s’en tiendra pas là concernant cette autrice puisqu’elle publie, en 1989, Duras ou la douleur puis, en 2014, participe aux nombreuses activités scientifiques, colloques et ouvrages collectifs suscités par le centenaire de la naissance de la romancière. Au sujet de Duras ou la douleur, Pierre Mertens lui écrira : « Un fervent essai sur Duras où tu ne versais dans nul durassisme… »

Puisque l’on parle du loup… Danielle Bajomée s’est penchée aussi sur l’œuvre de l’auteur des Éblouissements, auquel elle a consacré deux ouvrages, Pierre Mertens l’arpenteur, un « livre-parcours » qui contient des entretiens, des textes et des études cernant l’imaginaire du romancier et un recueil d’articles intitulés Pierre Mertens : la littérature malgré tout. Plus récemment, elle s’est penchée sur l’œuvre de Claire Lejeune, dont elle a dépouillé les archives durant deux ans. Il en a résulté une exposition au Musée Saint-Georges de Mons, en novembre 2012, Claire Lejeune, une voix pourpre, dont elle a été commissaire, ainsi que la création d’un Fonds Claire Lejeune à la Maison Losseau de Mons.

Danielle Bajomée a en outre écrit nombre d’articles sur divers autrices et auteurs contemporains, comme Georges Perec, Annie Ernaux, Claude Simon, Samuel Beckett, Michel Butor, Nicole Malinconi, Eugène Savitzkaya, Marcel Moreau ou Françoise Mallet-Joris.

Si ce sont d’abord des affinités électives qui l’ont poussée à étudier ces œuvres qui correspondent à ses goûts les plus profonds, il en va peut-être autrement en ce qui concerne Simenon, dont elle a abordé l’œuvre en raison de son parcours professionnel : elle aime à dire qu’elle comptait écrire un livre sur Simon plutôt que sur Simenon. Mais ce mariage de raison est devenu, avec le temps, un mariage d’amour, comme le prouvent nombre d’articles (dans Traces ou dans Les Cahiers de l’Herne), l’organisation de colloques, des conférences (notamment à l’Académie) et surtout un ouvrage majeur : Simenon : une légende du XXe siècle. Notons encore qu’avant de présider à la destinée du Fonds Simenon, Danielle Bajomée a fondé la revue Traces, entièrement consacrée à l’écrivain liégeois.

À ces travaux sur la littérature, il faut encore ajouter ceux sur le cinéma. Engagée dans Wallonie-Image-Productions, elle a commenté les films de Raymond Depardon ou ceux des frères Dardenne.

Si elle se nourrit des travaux d’autrui, notamment de ceux de Barthes, de Blanchot, de Bachelard, de Foucault, de Lacan, de Bataille, de Derrida ou de Jean-Pierre Richard, si elle capte, dans le littéraire, à la fois le philosophique, le psychanalytique et le politique, sa pensée critique est d’abord inductive : Danielle Bajomée est avant tout une lectrice, intelligente et sensible, à l’écoute du texte dans son absolue singularité. Il ne s’agit certes pas du tout d’une induction naïve, mais plutôt d’une induction seconde, qui suit une déduction structurale préalable et implicite, presque oubliée, se remodelant au contact du texte au lieu de le quadriller définitivement.

En témoigne une belle analyse de Christine Servais, qui a été son étudiante et à qui nous cédons la parole au moment de clore cette notice : « C’est cela que l’approche singulière de Danielle Bajomée nous aura appris, cela qu’elle aura mis en marche — parce qu’elle s’est toujours exposée à nous, elle, devant nous : qu’il nous faut pratiquer la littérature et non seulement la lire, qu’il faut en adopter le mouvement et se laisser déplacer ou désœuvrer par elle. En d’autres termes, que la mémoire impossible ne laisse place à aucun narrateur possible, que lire et écrire consiste seulement à déplacer les certitudes, à rendre aux souvenirs labilité et mobilité, à désaxer ces fragments les uns par les autres, sans espoir d’un retour salvateur à un sujet maître de son langage, de son texte ou de lui-même, dans une dérive qui vient de l’autre et va vers lui. »

– Laurent Demoulin



BIBLIOGRAPHIE

Écrire dit-elle : imaginaires de Marguerite Duras, Danielle Bajomée et Ralph Heyndels (éds.), Bruxelles, Éd. de l'Université de Bruxelles, 1985.

Duras ou la Douleur, Bruxelles/ParisDe Boeck-Wesmael/Éd. universitaires, coll. «Culture & communication. Série Littérature», 1989; rééd. Louvain-la-Neuve, Duculot, 1999.

Pierre Mertens l'arpenteur, Loverval, Labor, 1989

Pierre Mertens : la littérature malgré tout, Danielle Bajomée et Benoit Denis (dir.), Paris, Complexe, 1998.

Simenon : une légende du XXe siècle, avec la collaboration de Dick Tomasovic, Bruxelles, La Renaissance du livre, coll. «Les beaux livres du patrimoine», 2003.

Le roman de Simenon : pedigree : entre réalité et fiction, Jean-Louis Dumortier (dir.), Bruxelles, La Renaissance du livre, coll. «Paroles d'aube», 2003.

Femmes et livres, Danielle Bajomée, Juliette Dor et Marie-Elisabeth Henneau (dir.), Paris, L'Harmattan, coll. «Des idées et des femmes», 2007.



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Georges Perec, une écriture travaillée par le vide [YouTube]
Communication à la séance mensuelle du 11 mai 2019



DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 25 février 2006)

Discours de Daniel Droixhe (PDF 82Ko)

Discours de Danielle Bajomée (PDF 90Ko)