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Prix Découverte 2025 - Roman
Lauréate
Sandra de Vivies, La Femme du lac (Cambourakis, 2025).
Autres finalistes
- Rachel. M. Choltz, Pipeline (Seuil, 2024).
- Claire Mathot, La Saison du silence (Actes Sud, 2025).
- Myriam Wathee-Delmotte, Indemne, Où va Moby-Dick? (Actes Sud, 2025).
Extrait de l'argumentaire du jury
Tout commence par une découverte. Sur une brocante de Berlin, une femme, double de l’auteure, achète un lot de deux cents négatifs enfermés dans une boîte cartonnée rouge. Son prix ? Douze euros. Sa valeur ? Inattendue pour cette narratrice qui a pris l’habitude de décoder le monde à travers les images. Commence alors une enquête visuelle, historique, introspective pour tenter de saisir le sous-texte de ces clichés, ce qu’ils révèlent d’une époque, réveillent chez la narratrice. Au cœur du dispositif, une femme en robe blanche, devant un lac identifié comme le Kalksee mais qui pourrait tout aussi bien être celui de Wannsee sur les berges duquel se décida le sort des Juifs d’Europe. Élucubrations de la narratrice ? Pas si sûr, car sur la couverture cartonnée de la boîte se devine l’empreinte d’une croix gammée.
Tout devient signe, tout fait sens. « Je déduis, j’interprète, palpe l’écorce des mots », écrit Sandra de Vivies, qui confie façonner de nouvelles images mentales à partir de celles où apparaît « la femme du lac ». Qui est-elle ? Que sait-on de son histoire ? La narratrice l’imagine grandir sous le régime nazi et revisite son idéologie. Convoquant livres d’histoires, essais, témoignages, elle interroge le culte du corps, celui de la performance. S’arrête longuement sur la hantise du système pour tout ce qui viendrait gripper ses mécanismes d’aryanisation. Dans son viseur, les enfants malades, handicapés, retardés, « en défaut de sociabilité ». La novlangue nazie les appelle « les carencés ». De Vivies traduit : des déchets qu’il vaut mieux faire disparaître. Des euthanasies vertueuses, en somme.
Et moi ? s’interroge la narratrice. Incapable d’entrer dans le moule, de suivre une scolarité classique, de se conformer aux attentes, de répondre aux injonctions, quel sort l’Allemagne nazie lui aurait-elle réservé ?
À la frontière entre les genres, dans une langue vivante et sensuelle, soucieuse de vérité historique tout en choisissant le parti pris de l’imagination – car l’imagination est aussi une information –, Sandra de Vivies nous livre un texte audacieux, libre et moderne, qui en se retournant interpelle notre monde contemporain et ses nouvelles tentations fascisantes. .
Rapport du jury : Nathalie Skowronek |