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Grand prix de poésie 2025
Lauréat
Harry Szpilmann, La Vie fragile (Le Taillis Pré, 2025).

Autres finalistes
- Carino Bucciarelli, Une poignée de secondes (L’Herbe qui tremble, 2025).
- Françoise Lison-Leroy, Tu ouvres et c’est le jour (Rougerie, 2025).
- Marc Quaghebeur, Labiales (Lieux-Dits éditions, 2024).
- Martine Rouhart, En ce lieu clos (Toi éditions, 2025).
- Laurence Skivée, Je trace (La Lettre volée, 2025).
Extrait de l'argumentaire du jury
Pour son Grand Prix de poésie 2025, l’Académie a couronné avec bonheur le dernier recueil de Harry Szpilmann, La vie fragile, paru en 2025 aux éditions Le Taillis Pré. Ce livre, essentiellement composé de quatre parties, parcourt les quatre saisons de l’année 2020, le printemps, l’été, l’automne et l’hiver qui vient déborder sur l’année 2021. Il a donc la forme d’un mouvement au fil du temps dans lequel la vie en déploiement fait l’épreuve de sa précarité à travers ses variations d’ambiances, d’humeurs, de modes d’être qui lui donnent ses contrastes et sa dynamique.
C’est aussi le livre de la patience où le temps éclot en des poèmes qui accompagnent son flux et, en même temps, en saisissent l’éternité secrète, son immuabilité, et l’être-là toujours au bord de sa disparition. Le livre dit à merveille la beauté souvent invisible du monde, « la lenteur absolue des commencements ».
L’écriture est d’un grand calme, méditée et réfléchie, comme traversée par des moments de grâce malgré les périls intérieurs de l’être au monde, moments de grâce où la légèreté de la présence rencontre aussi la pesanteur de vivre. Ses poèmes ne sont pas leur propre fin mais une quête à la recherche de « la fleur centrale/qui brûle dans la blancheur/jusqu’à la déraison ». Une grande pudeur, une humilité, sont au cœur de cette poésie qui vient toucher en nous le point de lumière au milieu des ténèbres.
La nature tout entière et ses éléments, les sources, la rosée, les pierres, le jasmin, les abeilles, les oiseaux, etc., donnent à entendre une symphonie murmurante et salutaire qui vient « révoquer la mort ». Mais la voix du poète révèle également sa présence exilée car, comme l’écrit Harry Szpilmann, « je me sens n’être de nulle part,/un apatride, et anonyme,//et toujours sur le point de disparaître ». Le poète a conscience de « l’âpreté de la nuit », du « désastre qui nous devance » mais aussi de la grâce (mot qui revient plusieurs fois dans le livre) et de sa lumière « qui nous absout ». Il rejoint notre humanité dans sa déréliction, son échouage en ce monde, affrontant des périls qui la menacent depuis son intériorité la plus intime, depuis son noyau existentiel.
Mais la grande Nature nous envoie des signes qui nous indiquent un « chemin inconnu » pour sortir de la désespérance. Conscient de sa disparition, de sa mortelle finitude, le poète écrit malgré tout dans la lucidité de son effritement et il cherche par la poésie à se dénuder, à se dépouiller pour rejoindre l’essentiel qui constitue notre humanité toujours en marche vers elle-même. Il dit en effet : « Nous n’apprenons à vivre/qu’au rythme d’une hémorragie/qui nous expose et nous compose. »
Les poèmes d’Harry Szpilmann deviennent nos compagnons de route au fil de cette « vie fragile », ils nous appellent à une communauté fraternelle d’existence, ils nous appellent à une écoute de l’espérance si discrète parmi les bruits et la fureur de ce monde.
Rapport du jury : Philippe Lekeuche
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