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Théâtre
de Suzanne Lilar

Suzanne Lilar : Théâtre

Genre : Théâtre
Collection : Poésie Théâtre Roman / Poche
Format : 11,5 x 18 cm
Nombre de pages : 476 p.
Date de publication : 1999
ISBN : 2-8032-0033-3
Prix : 9,50 €
Portrait par Françoise Mallet-Joris
Préface de Colette Nys-Masure

À propos du livre (extrait de la Préface)

Ces trois œuvres [Le Burlador, Tous les chemins mènent au ciel, Le Roi Lépreux] publiées dans l'immédiate après-guerre sont-elle trop liées à un moment de l'histoire du théâtre, à la personnalité singulière d'un amour disparu, pour être susceptibles de toucher le spectateur d'aujourd'hui ? Que certains aspects de ce théâtre portant la marque d'un esthétique datée, il n'en faut pas douter. Mais, en dépit du dépaysement dans le temps et l'espace, l'aventure du couple, le rôle de la femme, toutes les formes de crises actuelles posent autant de questions aujourd'hui qu'il y a plusieurs siècles ou du vivant de l'écrivain.

Le baroque gouverné, ainsi a-t-elle qualifié son style. Résolument à l'écart des modes et des complaisances, la démarche de Suzanne Lilar est assurée : elle avance avec une tranquille aisance et cette tenue apparaît à certains, en vertu même de l'absence d'abandon – serait-ce au cœur de l'extase –, comme un peu tendue. Plus proche de Montherlant que de Beckett, à coup sûr, André Delvaux a osé traduire en langage cinématographique La Confession anonyme. On peut imaginer la façon dont un metteur en scène jouerait de cette langue somptueuse en la surchargeant encore, en la poussant à bout. Julien Gracq posait la question : «Comment concilier le goût des extrêmes égarements du corps et de l'âme avec le souci humain du contrôle et de la clairvoyance qui est aussi un souci de maîtrise?»

«Qu'est-ce que le théâtre?» demandait Roland Barthes : «Une espèce de machine cybernétique. Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau. Mais dès qu'on la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages. Ces messages ont ceci de particulier qu'ils sont simultanés et cependant de rythme différent ; en un tel point du spectacle, vous recevez en même temps six ou sept informations (venues du décor, du costume, de l'éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole) mais certaines de ces informations tiennent (c'est le cas du décor), pendant que d'autres tournent (la parole, les gestes) ; on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c'est cela la théâtralité : une épaisseur de signes

Pièces-machines ou pièces-paysages, pour reprendre la distinction introduite par Michel Vinaver ? Lorsque Suzanne Lilar écrit ses pièces, ce n'est pas encore le règne des metteurs en scène qui marquera les années 60 à 80 aux dépens parfois du texte, délaissé au profit du spectacle. Comment ne pas rêver à un audacieux qui revisiterait ce théâtre, inventerait des gestes d'aujourd'hui pour dire les appels de toujours? Moins pour dépoussiérer décors historiques et costumes que pour rendre voix à ce chant frémissant d'une créature éprise d'absolu. Voix ample, ferme, audacieuse, qui en hèlera tant d'autres qui ne demandent qu'à s'élever, à résonner à leur tour, à justifier la parole de René Char : «Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.»

Lire un extrait

Le Burlador

Acte premier

La scène représente un vestibule du Palais du Roi à Naples. Il fait nuit. Obscurité presque totale.

Isabelle. – Suis-moi et ne fais pas de bruit. Le roi dort dans un cabinet au fond de ce couloir. Arrête. Encore un instant. Je ne puis me résoudre à te laisser partir. Est-ce absurde? Il me semble que tu ne reviendras jamais. Jure-moi que tu reviendras.

Don Juan. – Je te le jure.

Isabelle. – Octavio, c'est de cette nuit seulement que je t'aime. Sais-tu quand cela a commencé? Quand tu t'es glissé dans ma chambre, je ne t'aimais pas encore. C'est lorsque tu as posé la main sur mes cheveux. Je la sentais peser doucement sur ma tête. Je me suis trouvée comme un oiseau pris au piège qui se débattrait inutilement.

Don Juan. – Pourquoi cette pensée? C'est donc que tu désirais m'échapper si tu songeais à te débattre. Isabelle. Je veux que tu m'assures que cette nuit je n'ai rien fait contre ta volonté. Répète-moi que je te tiens de ton amour seul et que je t'ai conquise vraiment, et non possédée par surprise.

Isabelle. – Voilà bien les hommes! En un pareil moment, tu ne songes qu'à couver ton orgueil. Octavio, si vieille que je devienne, jamais je n'oublierai le poids de ton silence lorsque tu m'as approchée. Je sentais se ramasser sur moi toute ta douce cruauté. Pour la première fois, j'ai goûté le désir de me laisser emporter, dévorer, d'être une proie.

Don Juan. – Orgueilleuse! Jusque dans l'humilité. Mais ton désir, Isabelle?

Isabelle. – Mon désir attendait chacune de tes caresses. Que me fais-tu dire? Je rougirais de honte si les limites de la honte ne me semblaient reculées. C'est cette nuit seulement que je suis née. Tout est neuf, tout est fort, comme au premier matin du monde. Tu sens bon, mon amour! Sais-tu que tes cheveux sentent l'encens? Et ta bouche, la framboise. Comment se fait-il que je ne m'en sois jamais aperçue? C'est très important.

Table des matières

Portrait, par Françoise Mallet-Joris

Préface, de Colette Nys-Masure

Le Burlador

Tous les chemins mènent au ciel

Le Roi Lépreux


Bibliographie