Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
ContactPlan du siteLiens WebPhotographiesActualité

OrganisationCompositionFonds national de la littératurePrix littéraires
PublicationsLe BulletinE-Bibliothèque

 


CATÉGORIES
Anthologies
Bibliographies
Carnets intimes
Cinéma
Correspondances
Essais littéraires
Nouvelles
Philologie et linguistique
Poésie
Romans
Théâtre

CATALOGUE
Recherche par auteur
Recherche par titre

NOUVEAUTÉS
Dernières parutions
À paraître

COMMANDES
Libraires
Autres

Publications

Le Cimetière marin de Paul Valéry
de Paul Pieltain

Paul Pieltain - Le Cimetière marin de Paul Valéry

Genre : Essai
Format : 16,5 x 25,5 cm
Nombre de pages : 324 p.
Date de publication : 1975
Prix : 16,10 €

À propos du livre

Tout semble avoir été dit de Valéry et de son oeuvre. Tout, et même davantage... Cependant, personne n'est demeuré aussi insaisissable que lui. Ce serait sans doute un paradoxe d'affirmer que nous connaissons justement le plus mal ceux qui nous paraissent le plus familiers. Et pourtant, il y a de cela dans le cas de Valéry — je serais tenté de dire : dans le cas Valéry. L'écrivain en est peut-être le premier responsable : s'il n'était pas de ceux qui quémandaient la faveur du public, il s'efforça toutefois de présenter de lui-même, de sa pensée, de son oeuvre poétique, l'image qui, pour ingrate ou subtile qu'elle fût, n'en était pas moins la plus simple — nous dirions : la plus simplificatrice.

Qu'on songe à son système de pensée, et l'image de M. Teste surgit aussitôt : abstraction vivante (ou, du moins, possédant les apparences de la vie) et quelque peu monstrueuse, mais figure simpliste de l'idéal le plus malaisément concevable ; aussi les équations établies entre Valéry et M. Teste, quel que fût l'exposant dont on gratifiait le premier, n'ont-elles pas manqué de se succéder en une série impressionnante. Qu'on évoque maintenant sa poésie, et surgissent, mêlées, l'image d'un Narcisse qui finit par troubler l'eau où il se mire (mais on ne retient que l'image du Narcisse intellectuel), celle d'une jeune Parque au langage abstrus, et, dominant ces personnages, la figure d'un poète chimiste (ceci pour l'héritage mallarméen) qui se doublerait d'un alchimiste (cela pour la poésie pure).

Ainsi, Valéry, sans jamais verser dans la facilité — ni son personnage ni sa poésie ne sont aisément accessibles —, a eu le génie de se rendre réductible, lui et son oeuvre, à des figures ou à des idées extrêmes, mais d'une surprenante simplicité. De lui, on peut dire, maniant à nouveau le paradoxe, qu'il parut compliqué tout autant à force de se vouloir simple qu'à force de l'être réellement. Mais il doit l'avoir dit lui-même, quelque part…

Ces « réductions » offertes en pâture à un public et à une critique avides (il ne faut pas oublier le besoin qu'avait son époque d'un «grand-prêtre» à la fois familier et inaccessible) expliquent qu'on ait l'impression de le bien connaître et qu'on demeure toujours insatisfait. Elles expliquent aussi qu'on ait écrit sur lui et sur son oeuvre avec une telle abondance et que fort peu d'ouvrages, somme toute, paraissent apporter une vue originale ou une explication cohérente. Valéry semble souvent s'appauvrir à tant d'élucidations répétées ou contradictoires…

Si je me suis laissé tenter par le Cimetière Marin, c'est que, au contraire peut-être de La Jeune Parque, je le voyais, lui, et que je le voyais pour ainsi dire d'avance. Si je me suis laissé tenter par le sujet, si limité qu'il pût sembler au premier abord, c'est parce que je me suis vite rendu compte qu'il allait, tout en freinant certains élans, me conduire très loin dans la connaissance et l'intelligence d'une oeuvre et d'un esprit. Ainsi en va-t-il parfois de ces recherches qu'on croit centrées sur un objet trop restreint : elles vous obligent finalement à connaître de l'oeuvre entière, mais par une lentille de plus grande précision. Et tout, de part en part, finit par s'ordonner, comme organiquement, autour d'un noyau devenu d'un rayonnement intense.

Il s'agissait aussi d'entrer profondément dans le mystère d'une oeuvre en quelque sorte privilégiée. Ce sera, dans cet ouvrage, ma plus grande et presque mon unique ambition.

Mais d'abord, pourquoi le Cimetière Marin me parut-il en soi un objet d'étude privilégié? Valéry est déjà assez loin de nous (et, même, on peut dire qu'il s'en éloigne toujours davantage) pour qu'on puisse invoquer le fameux jugement de la postérité. Or, celui-ci fait du Cimetière Marin le grand poème de Valéry. Il est dans toutes les anthologies — ou presque — et le sentiment unanime est qu'il y restera. Au demeurant, le public le plus large n'avait pas attendu le choix des faiseurs d'anthologie pour lui marquer sa préférence. Si l'on se tourne maintenant vers les plus jeunes, alors aucun doute n'est permis : ils n'admirent le plus souvent Valéry que par le Cimetière Marin, et toujours très spontanément. Voici l'avis d'un critique, qui fait d'ailleurs allusion à ce consensus omnium :

«Le Cimetière Marin reste une réussite sans égale—beaucoup penseront le plus beau poème de Valéry et un des plus beaux de notre poésie. Sans doute non moins que sa langue, sa pensée et sa puissance lyrique, son rythme et sa densité lui donnent cet éclat minéral de joyau incorruptible.»

Ainsi, le Cimetière Marin poursuit une carrière brillante et le sentiment public — si souvent négligé ou méprisé par les spécialistes — continue de lui accorder sa faveur et de le ranger, du moins certaines de ses parties, dans cette anthologie imaginaire de la poésie où voisinent les poèmes et les vers qui chanteront dans la mémoire des siècles.

Mais cette notoriété ne va pas, dans le cas du Cimetière Marin, sans quelques méprises. Il faudrait citer ici l'exemple de ces maîtres qui, faute de mieux, adoptent une interprétation passablement erronée ou se fient, non sans réticence, à leur seule intuition. Cette réticence est compréhensible : certains passages du poème résistent à une application, à un effort loyal; ils demeurent obscurs ou ambigus à qui ne veut — et bien souvent ne peut — aller plus loin. Quant au sens général, si certaines lignes de force se dégagent nettement (je songe par exemple au sursaut vital qui clôt le poème), il échappe forcément dès qu'on approfondit telle ou telle partie ou dès qu'on veut le suivre dans son mouvement nécessaire mais fluctuant. C'est que le Cimetière Marin est loin de présenter une progression linéaire; il est un de ces poèmes dont le dessein général s'obscurcit parfois de l'extrême densité de chacun de ses «moments» ou de la subtilité de certaines variations. Isolez tel vers ou telle strophe : ils sont si riches qu'un long commentaire ne les épuise pas ; ils se prêtent peut-être à une interprétation philosophique ou savante. Mais replacez-les dans leur contexte immédiat, et leur coloration s'en trouvera aussitôt modifiée; ou bien, si l'on n'y prend garde, ce sera le poème tout entier qui s'alourdira d'extrapolations vaines ou contradictoires.

Voilà donc un ouvrage célèbre devant lequel chacun se sent à la fois tout rempli d'admiration et de crainte ; voilà un des chefs-d'oeuvre de la poésie moderne, qu'il est désormais impossible d'ignorer, et auquel chacun apporte un sens, qui n'est jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Ou bien on l'aborde seul, plus ou moins démuni, ou bien l'on recourt à ce que je pourrais appeler la Tradition. Tant de commentateurs se sont penchés sur lui pour en scruter les mystères qu'ils ont créé cette tradition, si bien enracinée qu'elle transparaît dans les moindres gloses des anthologies. Rares sont ceux qui se sont élevés contre elle : une pareille unanimité déconcerte; trop souvent, au surplus, on devine le Maître à l'origine de telle idée puissante et habile-ment formulée. C'est contre toute cette tradition qu'avec tantôt l'un, tantôt l'autre, nous comptons souvent nous élever, dussions-nous rencontrer Valéry au bout du chemin.

Dans une première partie, nous nous efforcerons à un nouvel essai d'explication, augmenté d'un commentaire élargi. Cet essai partira d'un point de vue assez original, en somme d'une thèse. Mais nous aborderons aussi les problèmes de méthode, dans un second temps.

On dira que l'on choisit précisément, de tous les grands poèmes de Valéry, celui qui apparaît peut-être comme le moins valéryen (par là, on entend : moins hermétique que d'autres, moins imprégné de sa philosophie particulière). N'est-ce pas un défaut, une lacune? A cela, je répondrai que ce manque assure justement le retentissement du poème. Qu'il soit moins valéryen que La Jeune Parque, comment le contester? Mais qui peut encore contester que l'avenir retiendra surtout de Valéry, en particulier de sa poésie, cette part où il ne fut point trop lui-même ou ce qu'il voulut parfois paraître?

D'autre part, si l'on y regarde d'un peu près, ce poème ne laisse pas d'apparaître comme un des plus complets de notre littérature, et je gage que c'est bien là le sentiment, peut-être obscur mais prégnant, de tous ceux qui l'admirent, même sans trop le comprendre. Si l'on se borne à la production de Valéry, alors l'évidence devient lumineuse : c'est, de tous les poèmes de quelque importance, le plus achevé, celui où l'élément sensible soutient le plus vigoureusement l'abstraction, celui qui, tout en accordant le plus de place à un je personnel, accueille le moins les hantises du poète et le rapproche ainsi d'un être capable d'émotion, d'un être qui rêve, s'émerveille, songe à la vie et à la mort, se rebelle, prend parti contre lui-même — d'un être qui vit enfin, quoique difficilement, de la vie des autres hommes. Cette concession faite à un je assez personnel pour être universel a surpris le poète le premier ; il lui fallut avouer : «C'est à peu près le seul poème où j'aie mis quelque chose de ma propre vie.» Cet aveu, le voici répété — et explicité : «Le Cimetière Marin est ma pièce personnelle. Je n'y ai mis que ce que je suis. Ses obscurités sont les miennes. La lumière qu'il peut contenir est celle même que j'ai vue en naissant.»

Mais ce n'est pas assez d'épingler, en plus de cette composante personnelle, cette variété d'attitudes, de sentiments, de sensations — et ce long chemin parcouru par celui que nous appellerons le spectateur dans l'espace d'une heure trop pleine ; il faudrait encore montrer comment, dans l'univers de chacun des grands moments du poème, sont associés, bien plus que les reflets, les éléments même d'un paysage qui n'est pas loin d'atteindre, quelquefois, une grandeur qui confine à la démesure. Au monde souterrain des morts s'unit intimement ce carré de terre qu'est le cimetière — lieu charmant, offert à la lumière. Mais la mer est là aussi, indissociable du lieu, et, plus que la lumière, le soleil de Midi, son complice. Le génie de Valéry aura été de nous restituer, tel qu'il le retrouvait, transfiguré dans son souvenir, un des paysages les plus privilégiés qui soient ; et de s'y ajouter, lui, avec tous ses élans successifs, face à tant d'éclairs et à tant d'ombres, face à l'Univers et à la Mort, face à lui-même enfin… Le Cimetière Marin est devenu si célèbre que l'association même contenue dans son titre passe pour presque naturelle, voire banale. Il s'agira de lui restituer, comme à tout le reste, toute sa puissance de suggestion.

Tout cela fait que ce poème apparaît comme un des monuments de notre poésie. N'était le mouvement qui l'anime, et pour prolonger l'image du moment, on pourrait évoquer une autre image : celle d'un temple reposant sur vingt-quatre colonnes, dont chacune exigerait, après que l'on eût pris possession de l'ensemble, que l'oeil en épuisât la plénitude et la richesse orne-mentale. Si j'utilise cette image imparfaite, c'est pour suggérer l'importance de l'édifice, sa profondeur comme sa hauteur, et l'équilibre de ses parties. Curieusement, le poème donne l'impression d'une durée supérieure à celle de ses 144 vers. C'est qu'il nous faut les dire lentement, et s'attarder, afin de tout épuiser… La composition d'ensemble du poème n'est pas étrangère à cette impression de plénitude, de perfection achevée, de la masse comme de chacune des parties. Il faudra l'étudier, mais sans oublier de montrer comment l'édifice fut construit, et avec quels matériaux. Il me semble qu'une étude comme celle-ci devait être également centrée sur une analyse aussi complète que possible de ce qu'on appelle improprement la Forme.

Lire un extrait

Rien que d'assez connu dans tout ce que je me propose de rassembler ici, mais il importait de le fixer avant toute chose, afin qu'on pût déjà juger de toutes les implications qu'entraînent les «accidents» divers survenus à ce poème et les propos — voire les révélations — dont Valéry nous gratifia après coup.

Mais cette histoire devrait aussi être narrée pour elle-même… Si tout poème a une histoire, il en est peu dont celle-ci nous soit mieux connue; il en est peu, surtout, dont la carrière fit l'objet de tant de débats et dont la fortune fut plus exceptionnelle.

Ce qui nous importe ici, ce ne sont pas seulement les étapes de cette carrière, celles qui sont marquées par des dates, mais les circonstances qui entourèrent la genèse du poème, puis sa publication et enfin son entrée dans le domaine public. Valéry n'a pas toujours été disert en ce qui concerne ces circonstances, mais il en a dit assez (certains diront : trop) pour que, vu le renom du poème et de son auteur, on n'en tirât très souvent parti. Il en est des grandes oeuvres comme des grands hommes, surtout quand ils paraissent un peu inaccessibles : leur vie, leur vie même anecdotique, nous paraît mériter la plus grande attention ; un rien nous émerveille… ou nous déçoit. Valéry n'aura pas ménagé la curiosité de son public lorsqu'il lui arriva — et il fut un des tout premiers — de lever une partie du voile sur un des phénomènes les plus mystérieux : celui de la création poétique.

Toutes ces circonstances, je les rapporterai avec la plus grande objectivité, me réservant de juger par après. Le plus souvent, je me contenterai de citer Valéry lui-même. Je le répète : l'authenticité de certaines déclarations, toujours difficile à vérifier, importe moins que le parti qu'on en a tiré, qu'on en peut encore tirer.

La Genèse

Nous ne savons rien de très précis en ce qui concerne la date de composition du Cimetière Marin. Une seule indication nous a été fournie par Valéry :

«J'avais fait quelques strophes du Cimetière Marin pendant que je composais La Jeune Parque.»

Or, La Jeune Parque fut publiée en mai 1917, mais sa composition remonte aux années 15 et 16, selon l'aveu même du poète. M. J. L. Austin, qui a remarquablement étudié la genèse du Cimetière Marin croit avoir retrouvé le noyau primitif de notre poème, celui qui aurait été achevé en même temps que La Jeune Parque; il s'agit de sept strophes dont la mise au net porte la date : fin oct.-nov. 17. On peut donc raisonnablement affirmer, faute d'indications plus précises, que le Cimetière Marin a été élaboré de 1917 à 1920, date de la parution ; mais on peut très bien concevoir qu'il ait exigé plus de temps. Selon son habitude, Valéry ne travaillait pas qu'à un seul poème : «Presque tous les poèmes de Charmes, rapporte-t-il, et notamment le Cimetière Marin, la Pythie et l'Ébauche d'un Serpent (ont) été faits simultanément.»

Nous n'entrerons pas maintenant dans le détail de la genèse tel qu'il a été minutieusement décrit par M. J. L. Austin. Notons seulement que les brouillons conservés indiquent trois états successifs : le premier, de sept strophes ; le second, de dix; le troisième, de vingt-trois. Il sera extrêmement intéressant, lorsque nous aborderons l'étude de la composition, de dégager l'évolution, aussi bien du contenu que de la forme. On ne paraît pas avoir été assez loin, pas même M. Austin, dans l'utilisation de ce donné prodigieusement riche en enseignements.

Arrêtons-nous quelque peu aux circonstances qui ont présidé à la naissance du poème. Ici, nous sommes en possession de plusieurs déclarations de Valéry. Si je m'attarde à la suivante, c'est qu'elle a sa place dans une histoire comme celle-ci ; c'est encore qu'elle nous montre un Valéry soucieux d'étonner, voire de choquer jusqu'à ses admirateurs :

«Valéry était simple, note quelqu'un qui l'a approché. Quand je lui demandai l'origine du titre de son poème le plus célèbre : «Aux gens, à tous les gens, je dis que l'idée m'en est venue à Sète. C'est inexact. J'ai conçu le Cimetière Marin dans un petit hôtel de la rive gauche où je m'étais réfugié pour travailler. Une mélancolique insomnie a enfanté le premier mot; un robinet qui coulait à fait naître le second. J'avais le titre : il ne me restait plus à écrire que le poème.»

Table des matières

INTRODUCTION

HISTOIRE DU POÈME

PREMIÈRE PARTIE - ESSAI D'EXPLICATION ET COMMENTAIRE
Essai d'explication
Commentaire élargi

DEUXIÈME PARTIE - STRUCTURE ET MOYENS D'EXPRESSION
Structure et mouvement
Moyens d'expression
Leçons tirées de l'étude de la genèse

TROISIÈME PARTIE - ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
Points de vue généraux
Bibliographie analytique

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE