Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
ContactPlan du siteLiens WebPhotographiesActualité

OrganisationCompositionFonds national de la littératurePrix littéraires
PublicationsLe BulletinE-Bibliothèque

 


ACADÉMICIENS
Membres actuels
Membres décédés
Membres fondateurs
Tableau des successions

Composition


Jean Cassou

Jean Cassou / Photo © Nicole Hellyn Membre étranger littéraire du 12 décembre 1964 au 15 janvier 1986.
Prédécesseur : Jean Cocteau
Successeur : Alain Bosquet
Fauteuil 33
BIOGRAPHIE

Poète, romancier, critique et historien de l'art, Jean Cassou s'inscrit dans la lignée des humanistes qui ont fait le renom de la France. Il est né le 9 juillet 1897, à Deusto, près de Bilbao, d'un père béarnais et d'une mère andalouse. Quatre ans plus tard, sa famille s'installe à Saint-Quentin. Bien que la mort du père, en 1914, ait entraîné chez les siens une grande précarité d'existence, Cassou obtient son baccalauréat et prépare une licence d'espagnol à la Sorbonne.

Rédacteur stagiaire au ministère de l'Instruction publique, il se tourne de plus en plus vers la littérature, collabore aux Nouvelles littéraires et donne aux revues d'art des articles très remarqués. Son Greco paraît chez Rieder en 1931. La même année, il est nommé inspecteur général des Arts appliqués, puis, en 1933, inspecteur des Monuments historiques. Il est connu comme romancier (Les Harmonies viennoises, 1926; La Clef des songes, 1929; Les Inconnus dans la cave, 1933; Les Massacres de Paris, 1935).

Entré au cabinet de Jean Zay en juin 1936, il prend parti pour la république espagnole menacée par l'insurrection nationaliste du général Franco. Très attentif à la montée des forces hostiles à la démocratie, il coordonne, dès 1939, l'évacuation des œuvres d'art du patrimoine national et entre en résistance le 18 juin 1940. Relevé de ses fonctions par le gouvernement de Vichy, il gagne Toulouse et participe aux actions du réseau Bertaux. Arrêté le 12 décembre 1941, il écrit en prison 33 sonnets composés au secret, qu'éditeront les Éditions de Minuit clandestines. De 1942 à 1943, il subit une détention permanente, passant de camp en camp. Agressé par les Allemands, à Toulouse, en juin 1944, il échappe de justesse à la mort. De Gaulle le nomme alors Compagnon de la Libération.

Devenu conservateur en chef du futur Musée national d'art moderne, auquel il consacrera beaucoup de son énergie, il ne cesse pas pour autant de militer en faveur des idées de gauche. En 1949, cependant, il est, en dehors des surréalistes, un des premiers intellectuels à rompre avec le communisme. Il subit, de la part de beaucoup, qu'il traitait en amis, une campagne de presse calomnieuse. Il précisera ses opinions dans La Voie libre, qu'il publie avec Claude Aveline, Vercors et Martin-Chauffier. Il rencontre Tito, condamné par Staline, s'insurge, en 1958, contre le coup d'État du 13 mai, se déclare partisan de l'indépendance de l'Algérie... Bref, il illustre par avance le titre de ses futurs mémoires : Une vie pour la liberté (1981).

Au Musée national d'art moderne, il s'est acharné, jusqu'à la fin de son mandat, en 1965, à créer un ensemble mettant en lumière la surprise des créations, puis leur intégration aux idées, aux sensibilités d'une époque. Il a considérablement enrichi les collections en œuvres de Matisse, de Picasso, de Léger et de Brancusi.

Le 12 décembre 1964, il est élu à l'Académie royale de langue et de littérature françaises. En 1971, le Grand Prix national des Lettres couronne une œuvre qui a su s'imposer par sa qualité et son intelligence. Il meurt à Paris le 15 janvier 1986, trois ans après avoir reçu le Grand Prix de la Société des gens de lettres.

Jean Cassou n'a pas cessé de faire autorité dans le monde de l'esthétique et de la critique d'art avec des ouvrages comme Situation de l'art moderne (1950), Panorama des arts plastiques contemporains (1960), La Création des mondes (1971).

Le romancier a connu un succès mérité avec Le Bel Automne (1950), Le Livre de Lazare (1955), Le Temps d'aimer (1959), Le Voisinage des cavernes (1971). L'essayiste a donné toute la mesure de sa perspicacité dans Trois poètes : Rilke, Milosz, Machado (1954), La Mémoire courte (1953) et une autobiographie pleine de sensibilité et de générosité : Une vie pour la liberté (1981), essentielle pour la compréhension d'une époque. Hispanisant, il a traduit les Nouvelles exemplaires de Cervantes, ainsi que des poèmes de Lorca et de Machado.

Peut-être est-ce le poète qui marquera le plus dans les annales de la littérature. Dans la lignée de Max Jacob, de Milosz, d'Apollinaire parfois, Jean Cassou a perçu dans la poésie la réponse la plus pertinente aux appels de la vie. Ma poétique, écrit-il, est descendante, et son souci est de bien tomber. C'est-à-dire de trouver, pour leur arrivée sur terre, la meilleure forme sous laquelle les idées peuvent apparaître. Il leur faut se séculariser de la façon la plus saisissante. Le parti pris de la terre lui dicte une recherche du sens qu'il puise dans le quotidien, mais un quotidien qui recèlerait l'éternité : «L'élément et la créature/ s'aiment étrangement d'amour./ Ce qui se prolonge et qui dure/ S'éprend de la danse des jours.»

La poésie n'est pas chez Jean Cassou au service des idées car elle est l'émanation du vivant et de ses espérances, ainsi qu'il le dit dans un de ses sonnets rédigés en prison : «Les poètes, un jour reviendront sur la terre(...)/ Et ils reconnaîtront, sous des masques de folles/ à travers Carnaval, dansant la farandole,/ leurs plus beaux vers enfin délivrés du sanglot/ qui les fit naître.»

Celui qui mit l'intelligence des êtres et des choses au centre de son œuvre avait toutes les raisons d'identifier poésie et lucidité : «L'histoire s'inscrit en faits, et dans la conscience de l'homme, de toi, de moi comme de l'espèce. L'homme renaît. La révolution vécue est – enfin! – une histoire vraie. Une conscience dominée par une telle lucidité ne peut être qu'exemplaire.»



BIBLIOGRAPHIE

Les Harmonies viennoises, roman, Paris, Éditions Emile-Paul frères, 1926.

La Clef des songes, roman, Paris, Éditions Emile-Paul frères, 1929.

Greco, essai, Paris, Éditions Rieder, 1931.

Les Inconnus dans la cave, roman, Paris, Éditions Gallimard, 1933.

Les Massacres de Paris, roman, Paris, Éditions Gallimard, 1935.

33 sonnets écrits au secret, poésie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1945.

Situation de l'art moderne, essai, Paris, Les Éditions de Minuit, 1950.

Le Bel Automne, roman, Paris, Éditions Julliard, 1950.

La Voie libre, essai, avec Claude Aveline, Vercors et Martin-Chauffier, Paris, Éditions Flammarion, 1951.

La Mémoire courte, essai, Paris, Les Éditions de Minuit, 1953.

Trois poètes : Rilke, Milosz, Machado, essai, Paris, Éditions Plon, 1954.

Le Livre de Lazare, roman, Paris, Éditions Plon, 1955.

Le Temps d'aimer, roman, Paris, Éditions Albin Michel, 1959.

Panorama des arts plastiques contemporains, essai, Paris, Éditions Gallimard, 1960.

La Création des mondes, essai, Paris, Éditions ouvrières, 1971.

Le Voisinage des cavernes, roman, Paris, Éditions Albin Michel, 1971.

Une vie pour la liberté, mémoires, Paris, Éditions Robert Laffont, 1981.