Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Ferdinand Brunot

Ferdinand Brunot / Photo © ARLLFB Membre étranger philologue du 4 juin 1921 au 7 janvier 1938.
Successeur : Giulio Bertoni
Fauteuil 31
BIOGRAPHIE

Né à Saint-Dié le 6 novembre 1860, dans une famille vosgienne très attachée à la France, Ferdinand Brunot reçoit en héritage de la Lorraine une étonnante robustesse physique, ainsi qu'une redoutable combativité. Adolescent, il s'engage tout entier dans l'étude : d'abord chez les Frères de la doctrine chrétienne, puis pendant un an en Allemagne, avant de préparer le concours de l'École normale supérieure à Louis-le-Grand. Il entre rue d'Ulm en 1879 et en sort en 1882, reçu premier à l'agrégation de grammaire, après des échanges un peu vifs avec les examinateurs, controverse dont le souvenir s'est perpétué longtemps dans l'histoire de l'Université.

Après avoir enseigné pendant un an au Lycée de Bar-le-Duc, il est désigné comme maître de conférences à la Faculté des lettres de Lyon, où il publie son premier ouvrage, une Grammaire historique de la langue française (1886), travail de seconde main bien vite renié, mais qui a longtemps rendu de signalés services. Le 23 juin 1891, Brunot soutient ses thèses en Sorbonne : sa thèse latine De Philippi Bugnonii vita et eroticis versibus et sa thèse française La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur Desportes, dans laquelle il témoigne déjà de ses exceptionnelles qualités de rigueur de pensée et de sûreté philologique. À la rentrée d'octobre 1891 – à trente et un ans! –, il est nommé maître de conférences à la Sorbonne.

À cette époque, Petit de Julleville était attelé à la rédaction de son Histoire de la littérature française des origines à 1900. Pour la partie relative à l'histoire de la langue de son monumental ouvrage, Petit demande l'aide de Brunot, qui accepte de collaborer, s'engageant de cette manière, peut-être sans le pressentir, dans la voie d'une recherche qui marquera son existence entière. Le 13 novembre 1900, le jeune universitaire obtient que soit créée à son intention une chaire d'histoire de la langue française en Sorbonne. Dès lors, il se voue tout entier à la rédaction de son œuvre maîtresse, l'Histoire de la langue française, dont le premier volume, consacré à l'époque médiévale, sort de presse en 1905.

L'ouvrage auquel ne correspond aucun équivalent dans d'autres langues, étudie les ressorts internes du français et les sources auxquelles notre langue a puisé pour constituer ses divers systèmes. Très vite, l'analyse s'est tournée vers l'autre versant de l'histoire du français : non plus les influences que l'idiome a subies, mais aussi celles qu'il a exercées, assurant ainsi son expansion dans l'histoire culturelle du monde occidental, et au-delà. En l'espace de six ans (1905-1911), Brunot publie les trois premiers volumes de son Histoire, qui couvre l'évocation de la vie de la langue jusqu'à l'époque classique, et suscite par la profondeur de ses vues un renouvellement des études linguistiques et stylistiques.

Mais son rôle ne se limite pas à une réflexion purement savante. Aiguillonné par sa naturelle pugnacité, Ferdinand Brunot s'engage dans le débat sur la réforme orthographique, persuadé que le français pourrait se libérer de certains usages absurdes et compliqués que les siècles lui ont légués. Entre 1905 et 1909, il compose divers rapports, appelant à la simplification de l'orthographe française.

Sur le front de l'enseignement, l'engagement de Brunot se révèle total. L'universitaire, devenu célèbre, en appelle à l'unification des terminologies grammaticales en usage dans l'enseignement secondaire et critique les manières traditionnelles d'enseigner la grammaire. De façon parallèle, il dénonce l'attitude de certains de ses collègues qui attribuent à la formation gréco-latine des vertus qui lui paraissent appartenir aussi à l'étude des langues modernes. Il consacre un temps précieux à la formation des professeurs de français à l'étranger.

Avec les évènements de la guerre, Ferdinand Brunot s'investit d'une tout autre manière : comme son âge lui interdit de participer au conflit à titre de combattant, il se lance dans l'action politique et assume les importantes fonctions de maire du XIVe arrondissement de Paris. Le souvenir qu'il laisse à ses administrés lorsqu'il quitte sa mairie en 1919 est celui d'une puissance de travail extraordinaire et d'une bonté de cœur foncière. Brunot n'a pas manqué de jalonner son existence d'actions et d'engagements : il a participé à la fondation de la Mission laïque et a été l'un des promoteurs de la Ligue des droits de l'homme.

Revenu à ses travaux et à la vie universitaire, Brunot est élu doyen de la Faculté des lettres de Paris. Il exerce cette lourde charge pendant près de dix ans. Il poursuit de front l'élaboration de son Histoire de la langue française, ses cours en Sorbonne et l'enseignement de la didactique du français à l'École normale supérieure de Sèvres. C'est à l'intention de ses normaliennes qu'il rédige La pensée et la langue (1922), traité doctrinaire qui récuse les clarifications aristotéliciennes traditionnelles pour leur substituer une théorie nouvelle du langage, qui prend en compte les données de la pensée avant d'enfermer le discours dans des catégories grammaticales figées.

Brunot a aussi fait œuvre d'innovation dans le domaine de la phonétique en fondant l'Institut de phonétique expérimentale. Avec l'aide des industries Pathé, il a créé les Archives de la parole, qui conservent le souvenir de la voix de ses contemporains illustres. À la même époque, il est élu – le premier étranger au titre de philologue – à l'Académie royale de langue et de littérature françaises le 4 juin 1921, puis, en 1925, il est appelé à siéger à l'Académie des inscriptions et des belles-lettres. Avec l'Académie française, ses rapports furent toujours tendus; en 1932, le savant jugea insuffisante la Grammaire de l'Académie française et osa le proclamer.

En 1934, des difficultés financières imposent au ministère la suppression d'un dixième des chaires universitaires. Ferdinand Brunot compte au nombre des professeurs mis à la retraite. Il continue à dispenser certains de ses enseignements, à titre tout à fait gratuit. Il meurt à Paris le 7 janvier 1938.



BIBLIOGRAPHIE

La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur Desportes, Paris, Masson, 1891.

Grammaire historique de la langue française avec une introduction sur les origines et le développement de cette langue, Paris, Masson, 1894.

La pensée et la langue. Méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au français, Paris, Masson, 1922.

Observations sur la Grammaire de l'Académie française, Paris, Droz, 1932.

Précis de grammaire historique de la langue française, avec Charles Bruneau, Paris, Masson, 1933.